‹ Le romantisme et la modeChapitre 64 sur 99 · Joseph A"*, mai i83G · texte numérisé non relu

Joseph A"*, mai i83G

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et le punch et l'orgie furent rapidement parmi Les plus chères halîitudes des Jeune-France.

On fumait pour ahuiir le bourgeois : on se grisa pour l'ahurir davantage, le scandaliser, « par bravade, ennui et dégoût de sa bêtise solennelle », et aussi pour (( se culotter tout à fait )), pour « se compléter », comme il est dit dans le Bol de punch. Et l'on suivit le même modèle, mais de plus près cetle fois : on imita Byron et les fameuses orgies de Newstead Abbey : du moins nos jeunes écervelés s'y efforcèrent-ils de leur mieux.

Le nombre de ces disciples aurait été de très bonne heure considérable, s'il faut en croire l'un d'entre eux.

Il est depuis longtemps avéré que nous sommes

Dans le siècle environ six mille jeunes honuTies

Qui, du démon de l'art nous croyant tourmentés.

Dépensons notre vie en excentricités,

Qui, du fatal Jiyron copiant les allures.

De solennels manteaux drajDons nos encolvires '.

Six'mille, c'est un chiffre. Mais la poésie ne fît jamais bon ménage avec la statistique, et il y a lu sans doute une (I poétique exagération », malgré ce que le fait a, nous dit-on, d" (( avéré ». Ce qui est certain du moins, c'est l'empressement que. vers i83o. Ion mil à suivre l'exemple du grand poêle anglais. L'enthousiasme des Jeune- Lrance n'eut jamais d'égal que leur candeur.

Tout le monde connaît les pages amusantes où Théol)hile Gautier a conté ces excentriques prouesses et ces mirifiques k lîcuveries », en s'en moquant un jieu : le i'etit Moulin-Rouge, tenancier (iraziano; l'envie folle de faire de la petite auberge un autre JNewstead ; le crâne

I. Pliilothée O'Ncddy, Poésies j)osUiumes, 1877 : Une fièvre de l'époque, 1837.

OIELQUES ELEGANCES ROMAN TIQUES IO7

apporté par (Jérard de Nerval et volé à la « collection anatomique » de son père, <' ancien chirurgien d'armée », un crâne qui « avait appartenu à un tambour-major tué à laMoskoAva » et que, pour la circonstance, le doux: Gérard avait « monté en coupe au moyen dune poignée de commode en cuivre fixée à l'intérieur de la boîte osseuse par un écrou tourné sur un pas de vis » ; le crâne, rempli de vin, circulant à la ronde, d et chacun en approchant ses lèvres avec une répugnance plus ou moins bien dissimulée » ; — et, dans le Bol de punch, limitation naïve de l'orgie classique, c'est-à-dire l'orgie telle que la décrivent les romans à la mode, tous les détails en étant minutieusement réglés d'avance, le rite scrupuleusement suivi, et pour qu'il n'y ait pas la moindre hésitation, le plus petit accroc dans l'observation de cet extraordinaire protocole, chaque convive ayant, ouvert à ses côtés, le livre où son auteur favori parle de « l'orgie échevelée », et en traduisant fidèlement le texte dans ses gestes et dans ses paroles... u C'est ici que je dois verser du vin dans mon gilet, et donner à boire à ma chemise. La chose est dite expressément page 1 7 1 de la Peau de chagrin . Voici l'endroit. Diable ! c'est précisément mon plus beau gilet, un gilet de velours, avec des boutons d'or guillochés. N'importe, il faut que le caractère soit conservé ; le gilet sera perdu. (lise verse un grand verre de vin dans l'estomac). Ouf! c'est froid comme le diable, j'aurais dû avoir la précaution de le faire tiédir. Je serai bien heureux si je n'attrape pas une pleurésie. C'est joliment commode d'avoir la poitrine toute mouillée comme je l'ai ! 0 Plaisante mascarade, dont il convient de sourire, mais que l'on a prise alors terriblement au sérieux, comme nous le verrons.

Donc rien n'est plus élég-ant, rien ne sent son Jeune- France comme une belle orgie. Encore faut-il qu'elle

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soit célébrée selon certains rites. Il ne serait pas mauvais par exemple — et il fallait s'y attendre — qu'il y ait du gothique en laffaire. Dans le Bol de punch, quelqu'un propose une de ces truculentes folies. Déchaînement subit d'enthousiasme.

« — Oui! oui! une orgie pyramidale, phénoménale, crièrent tous les driMcs à la fois, une orgie folle, échevelée, hurlante, comme dans la Peau de chagrin de JM. de Balzac, comme dans le Barnave de M. Janin, comme dans la Salamandre de M. Eugène Sue, comme dans le Divorce du bibliophile Jacob.

(( — ^on, non, ù bas celle-là ! c'est empire, c'est poncif !

« — Comme dans la Danse macabre, du même.

« — A la bonne heure, c'est moyen âge, au moins, cela a une tournure. «

Et en effet, à côté « des marquis, des comtesses et des merveilleux », il y aura « des truands et des mauvais garçons, avec le camail et le chaperon, la grande plume rouge, haute de trois pieds, la dague au poing, im jurement à la bouche, tous pèle-môle avec des bohémiennes et des fdles folles de leurs corps, en jupes bigarrées et étincelantes de clinquant ».

C'est l'orgie type. On en retrouvera la plupart des accessoires dans toutes les « fêtes romantiques », avec d'insignifiantes variations.

Il y a un élément indispensable, essentiel, de ces juvéniles gaîtés, et c'est le punch — que Jules de Rességuier avait chanté dès 1824 ^ — ol dont la coupe, énorme quel-

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