‹ Le romantisme et la modeChapitre 7 sur 99 · LA TOILETTE FEM1M>E · texte numérisé non relu

LA TOILETTE FEM1M>E

Estampes comme la mieux fournie des coUeclions. Ce fut vers ces trésors inespérés une poussée folle. " La Bibliothèque eut, pendant deux semaines, sa grande cour encombrée d'équipages, ses portes assiégées d'une pimpante armée, très déterminée à prendre d'assaut les livres à images. Chacune, flanquée de son dessinateur particulier, de son couturier ou de sa modiste, compulsait, fovnllait, s'arrèlantà une chose, en exigeant une autre, jetant dans les salles silencieuses des exclamations bruyantes comme celles d'une nuée d'oiseaux entrée dans une €glise. Le bon ïhévenin. garde des estampes, en perdait la tête, et son personnel n'en pouvait croire ses oreilles I »

Ce n'était pourtant que le commencement du supplice, et la patience et la probité du bibliothécaire devaient être soumises à de bien plus rudes épreuves.

{( S'estimant toutes au-dessus des règlements, excipant de leurs fonctions à la cour, de leurs titres ou de leurs charges », quelques-unes des nou\ elles et d'autant plus ferventes visiteuses implorent le prêt à domicile, dans les meilleures intentions du monde : pour s'inspirer plus à l'aise, et avec plus de sûreté, du modèle choisi. Elles le savent, on fait fléchir à l'occasion la sévérité des lois qui interdisent la sortie des livres : elles pourraient même citer les noms d'heureuses privilégiées ; ne valent-elles pas, elles aussi, une exception ?...

Oui. Thévenin (( prêtait » : mais il « prêtait », la mort dans l'àme, exclusivement d'ailleurs a sur des ordres écrits du ministre compétent ». Vraiment, la faveur si ardemment convoitée n'était pas plus diflicile à obtenir i* Mais alors ce n'était qu'un jeu ! Et (( les ordres écrits tombèrent de tous endroits ; il en vint de la cour, du directeur des beaux-arts, d'un tas de seigneurs moindres ». Le moyen pour l'administration des Estampes de résister

lO LE ROMANTISME ET LA MODE

il une si furieuse avalanche, aux Irois-quarls officielle? Stoïquement, l'administration céda. Ce n'est pas une des moindres victoires que le romantisme ail remporlées, peut-être sans le savoir.

Demi-victoire, à vrai diie. et malgré toute la bonne Aolonté des invités de Madame, la vérilé historique reçut ce soir-là de furieux accrocs. « Chaque acteur figurant avait son artiste spécial », avons-nous dit. C'était u Garnerey, dessinateur de l'Opéra, Laffitte, Lecomte, Isabey ou Fragonard ». Il était inévitable que la d diversité » ne fût pas u extrême », et le mélange de tant d'époques dut former une « cacophonie » des plus amusantes.

La duchesse de Berry, toute la première, avait donné le plus fàclieux exemple. Comme elle devait être en reine d'Ecosse, elle s'était fait présenter « tous les portraits imaginables de Marie Stuart, et Dieu sait s'il y en a ! » Mais rien ne la contentait : aucun n'avait de manches à gigot ! Et comment supporter l'idée de paraître en public, même dans un bal masqué, sans manches à gigot ?

u Par hasard, Mgr le duc d'Orléans possédait dans sa galerie une étonnante et exquise portraiture représentant, disait-on, la reine à l'époque de son mariage )>, et qui était en réalité Louise-Marguerite de Lorraine, princesse de Conti. Mais a la belle princesse avait des manches à gigot ». Il n'en fallait pas davantage : u cela coupa court à tous les scrupules », et la reine d'Ecosse emprunta pour la circonstance la toilelle d'une princesse de Lorraine; — ce qui n'empêcha pas Duponchel d'affirmer « dans un article dithyrambique » que le costume était admirable de vérité. Duponchel avait plusieurs excuses, dont la meilleure était qu'il écrivait avant i83o et qu'il partageait donc l'ignorance générale.

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