‹ Le romantisme et la modeChapitre 79 sur 99 · Paul B***, peintre, 28 ans, '» mai i · texte numérisé non relu

Paul B***, peintre, 28 ans, '» mai i

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la conjoiiclure. « Sui- sa peau mate la lumière se joue en reflets violets et verdàtres. Ses dents luisent comme celles d'une jeune tigresse, et ses yeux ont un éclat étrange, un éclat qui me fait peur. Seuls un ange ou un démon peuvent avoir de ces regards. Oh I ces yeux ! Ce sont les portes du ciel ou des soupiraux de l'enfer^ 1... » Souhaitons que les yeux de Lucienne n'aient jamais été pour Léon que (I les portes du ciel » ; mais en vérité l'étrange lettre de faire part 1 La singulière et un peu répugnante mixture que peuvent faire romantisme et réalité ! Et comme tout cela est bien d'une époque où. à Texquise Hermangarde de Polastion ([ui n'a dautie défaut cpic d'être sa femme, Ryno de Maiigny préfère la senora Vellini. u laide, petite, maigre», sèche comme un parchemin, mais dont les yeux sont tour à tour « infernaux ou célestes », et qui a surtout le mérite, irrésistible en vérité, d'être u malagaise 1 » -

Et que de détails du même ordre nous révéleraient les correspondances intimes de l'époque, si nous les connaissions 1 Nous n'en connaissons guère, et c'est bien fâcheux. Ne serait-il pas délicieux, en eff'et, de rencontrer dans des lettres de femmes beaucoup de lignes comme celles-ci ?

« Je suis furieuse, ma mignonne, furieuse, mais d'une furie de tigresse, ou de bète encore plus furieuse, si tu eu connais. J'ai eu beau prier, supplier, toute la semaine dernière, pleurer même, car j'ai pleuré, pas beaucoup, enfin j'ai tout de même versé quelques larmes, Léon est resté inflexible. C'est un rocher, une barre de fer, un monstre,, c'est un monstre, te dis-je I... Ah 1 tu n'apprécieras jamais assez le bonheur d'avoir un mari si aimable, toujours

I. Léon N*** à Gustave B***. lo octobre i83i. Barbey d'Aurevilly, Une vieille maîtresse.

disposé à satisfaire tes moindres caprices ! Il est vrai que tu es si adorable !... Et que crois-tu que je demandais à mon bourreau ? Quelque chose de monstrueux, peut-être, d'exorbitant 1 Un attelage comme celui de M'"" Y***, dont tu sais que je raffole? Un voyage en Orient? Ah! ma chère migonne, je ne suis pas si difficile ! On ne m'a pas habituée à tant de prévenances 1... Un flacon, ma chérie, je ne désirais qu'un simple llacon ! Et le monstre a eu le cœur de me refuser ' !... »

Tout ce gazouillis de femme est gentil, vif, spirituel ; il amuse d'autant plus que la correspondante n'est pas aussi furieuse qu'elle voudrait le faire croire ; manifestement elle force la voix ; on devine le malicieux et fin sourire à travers la feinte colère. Le malheur est que le maudit flacon, source d'aussi vives discordes, contenait un de ces produits qui donnaient les couleurs à la mode. Léon ne tenait pas à avoir une femme verte comme un bocal de pharmacie ; Léon n'était pas un mari romantique. C'était son droit, et sa femme avait trop d'esprit pour ne s'en être pas laissée rapidement convaincre.

Mais tous les maris ne ressemblaient pas à Léon, comme en fait foi ce fragment d'une autre lettre. « Louise n'est pas contente ; elle se plaint que son maii la délaisse pour une de ses amies, mince, sèche, pâle, verte, cadavérique... Elle se demande quelle espèce de charme Léopold peut bien trouver à un pareil squelette 2... » Léopold était un amateur romantique. Il y en a eu quelques-uns entre i83o et i8^o, — trop heureux sans doute de faire de la mode la complice de leurs affaires de cœur.

On peut sourire de ces ridicules et de ces manies ; il ne

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