I. Madolcinp G***, 'S mai i
a. Jeanne P*'*, 3 mai i83G.
L AIR ROMANTIOl E
faut pas les condamner en bloc : de pauvres créatures leur ont dû l'oubli momentané de leurs souffrances et quelques rayons de bonheur.
Sans réaliser dans sa plénitude l'idéal romantique, la physionomie que donne la tuberculose se rapproche néanmoins de cet idéal. C'en fut assez pour assurer de vives sympatliies aux jeunes filles phtisiques ou candidates à la phtisie.
Un brave homme de tuteur écrivait à une vieille amie, le 25 septembre i834 : « ... La Providence est juste, et elle veut dispenser à chacun un peu des joies, assez rares pourtant, de la vie. Elle vient donc de nous en envoyer une bien grande, à ma pauvre petite Camille et à moi. Je suis déjà bien vieux, et mon grand souci était de laisser peut être cette chère enfant toute seule, sans autre protection que celle de petites cousines, bien indifférentes. Et voilà qu'un jeune homme est venu demander sa main ; vous lisez bien, ma chère amie, on est venu demander la main de Camille : Camille aura un mari!... La pauvre enfant ne fait que pleurer, rire et m'embrasser toute la journée... Nous avons déjà vu plusieurs fois le prétendant : il est fort bien ; il a une grande barbe noire, de longs cheveux, il paraît que c'est la mode aujourd'hui, et surtout il a l'air d'un solide gaillard... Tant mieux, mon Dieu ! tant mieux ! et que ma chère fille soit heureuse !... Vous comprenez que je ne lui ai pas dissimulé que la santé de Camille est délicate ; cela se voit de reste, pauvre petite !... Et savez-vous ce qu'il m'a répondu ? Qu'il aimait beaucoup mieux ça ; qu'il avait horreur des joues en ballon et des figures de tomate. — vous Aoyez qu'il s'exprime d'assez étrange sorte : — que son idéal était une taille mince, une taille de châtelaine, et de grands yeux largements ouverts dans une figure un peu longue et
pâle'... Camille a tout cela... Il a l'air fort rpris, lui, » etc. Romantisme et tuberculose, décidément les affinités sont vives entre les deux. Le piemier amène souvent la seconde, il lui donne en même temps des compensations: ce n'est que justice. Le dommage est que, selon toutes apparences, des fiancés romantiques ne sont pas toujours et nécessairement venus offrir leur main à celles qui devaient au romantisme leurs pâles couleurs, et la constatation ne laisse pas d'être mélancolique. Mais enfin, grâce au romantisme, de pauvres et d'aimables enfants ont connu le bonheur ; et aux écoles littéraires comme aux personnes il faut toujours tenir compte du bien qu'elles font sans le savoir peut être, et quelquefois même sans le vouloir.
Les ridicules que nous venons d'analyser ont élé les travers de toute une génération, et le sexe fort se les est donnés tout comme le sexe faible. Il se pourrait même que les hommes aient commencé plus tôt et qu'ils aient mis à suivre le goût du jour une diligence d'aidant plus comique qu'elle était moins gracieuse et plus appliquée.
C'est d'abord marque de ilislinction qu'une taille fine. Quand on l'a naturellement, on en exagère encore la
I. Cf. Sainte-Beuve, Vie de Josepli Dclorine, éd. Lemerre. p. 7 : « li lui semblait, au milieu de ses triomplies, que sur un balcon pavoisé, derrière \uie jalousie entr'ouverle, quelque forme ravissante de jeune fille à demi-voilée, (pielque loiujue et j^Maeieuse figure en blanc, se penchait d'en haut pour saluer !<• vain(|ueur au passagre cl lui sourire. »