Baour-Lormiau, Le Oassiqiie et le Romantique, iSaô
2. « Trop jeune pour avoir élé Jeune-France, il (Muigen était cependant contemporain d'Antony et. comme beaucoup d'autres, il croyait à la fataMté et il n'était pas fâché de porter son cœur en écharpe. Il y en eut qui burent du vinaigi-e pour devenir plus pâles et avoir l'air plus intéi-essant. Murger 7ie but rien que du café qui. superposé à des veilles et à des privations nombreuses, lui signa son billet d'hôpital. » iDehau, H. Murger et la Bohème, p. !ii.)
2l4 LE ROMANTISME ET LV MODE
toute particulière de savourer cette friandise : il l'a arrosée du jus de quatre ou cinq citrons ! Il fait cela tous les jours ; et quelquefois, la même journée, il récidive. Je ne lui prêterais pas mon estomac...
u II m'a confié qu'il comptait bien arriver au vinaigre. Mais il n'ose pas encore s'engager à fond. Ln premier essai a été malheureux ; pour un tiers de verre avalé avec force grimaces, vives douleurs d'estomac pendant vingtquatre heures...
(( Ils sont quelques-uns à se noyer ainsi l'estomac de vinaigre et de jus de citron. Et, c'est là le plaisant de la chose, parce que Byron a fait des poëmes qui ont eu quelque succès. 0 desseins impénétrables de la Providence 1 O conséquences imprévues et mystérieuses des choses ! O ironie souveraine de la destinée ! La vogue du Gktour alimente le commerce des épiciers, et Manfred et Lara font vendre du vinaigre et des citrons ! O Byron, tu n'avais point prévu ce résultat : il eût été pour toi la suprême des douleurs ! »
Mais, plus encore que la pâleur, on estime la « livi-^ dite». C'est le vrai signe d'élection et bienheureux qui le possède ! Cela vous console presque de ne pas avoir de génie. <( Il était de mode d'être pale, dit Théophile Gautier, livide, verdâtre, un peu cadavéreux, s'il était possible. »
Que si la nature vous a pourvu d'un teint si peu enviable, scmble-t-il, mais alors si envié, c'est pour en concevoir une joie profonde, voisine du délire.
Que Satan soil béni ! Je suis pâle et verdàlre.
Et mes succès partout déjà sont assurés ;
Je n'aurai pas besoin de constance opiniâtre.
Comme ceux dont les yeux — pauvres! — sont azurés.
L AIR ROM\>TIOL E 2 1 0
Les miens ont un éclat ("trange et métallique Qui séduira d'abord la timide beauté ; Sur toute ma personne un air mélancolique Répand je ne sais quel charme désenchanté '.
C'est prosaïque, c'est plat, c'est de la plus ridicule et de la plus insupportable prétention, — sans compter qu'on ne Aoit pas très bien comment « un air mélancolique )) peut être répandu sur une figure qu'illuminent des yeux « d'un éclat étrange et métallique » ; — mais la sincérité du sentiment n'est pas douteuse, et on peut être assuré que ces vers traduisent les secrètes aspirations de toute une partie de la jeunesse d'alors, puisque aux yeux des femmes ces ridicules vous rendent irrésistible, comme en témoigne avec une abondante ironie Théophile Gautier. « Les femmes sensibles vous trouvaient intéressant, et, s'apitoyant sur votre fin prochaine, abrégeaient pour vous l'attente du bonheur, pour quau moins vous fussiez heureux en cette vie. » Et encore : « Comme je suis naturellement olivâtre et fort pâle, les dames me trouvaient dun satanique et d'un désillusionné adorables... Les petites filles se disent entre elles que je dois avoir beaucoup souffert du cœui" : du cœur peu, mais de l'estomac, passablement. » Théophile Gautier, sans aucun doute, raille et s'amuse: mais, comme dit l'autre, il subsiste toujours quelque chose de sa remarque -.