‹ Le romantisme et la modeChapitre 85 sur 99 · L AIR R0MAM1(^)LT: 21(J · texte numérisé non relu

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O'.Xcddy est d bistré de peau comme un mulâtre » et il a (( une sorte de galbe africain > qui lui vaut c le sobriquet d'Othello». Quant à Alexandre Dumas, pour le teint comme pour le reste, la nature s'était montrée envers lui généreuse jusqu'à la prodigalité.

Même physionomie chez d'autres grands artistes romantiques. Delacroix a le teint « d'une pâleur olivâtre, d'abondants cheveux noirs : une beauté farouche, étrange, exotique, presque inquiétante ». Lui aussi, on leùt pris pour (( un maliarajah de l'Inde, ayant reçu à Calcutta une parfaite éducation de gentleman et venant se promener en habit européen à travers la civilisation parisienne ». On tiouve qu'il ressemble à lord Byron luimême, et (' pour faire mieux sentir cette ressemblance, Devéria, dans une même médaille, dessine leurs profils accolés». Bocage enfin est «par sa personne, son talent et la manière dont il comprend ses rôles, le véritable idéal du jeune premier romantique» ; il y a chez lui « une certaine fierté dédaigneuse, un mystère à la façon de Lara et du giaour, en un mot. une fatalité byronienne ».

C'étaient de beaux, d'illustres modèles, qui devaient séduire, et qui séduisirent en effet toute une génération.

D'autant que les modèles ont bien garde de rien oublier de ce qui peut les faire valoir et frapper d'admiration leurs naïfs contemporains. Daignent-ils communiquer leur image au public? Ils se font peindre c jeunes, distingués, étranges et répondant au goût de leur époque», ou, comme dit avec une familiarité plus expressive Champtleury, ils « se composent une tête*. »

I. « La plupart des poètes et des romanciers, de iSaS à i84o, en même temps qu'ils atïïcliaient des sentiments fictifs, se composèrent « une tète ». Mgricttes romantiques, p. 127. — Ces ridicules n'étaient pas nouveaux. On lit dans les Mémoires d'outre-tombe, de Clhalcau-

<t Les principaux écrivains romantiques passèrent par le crayon de Devéria qui donna, à leur physionomie, ainsi qu'aux plis de leurs habits, un tour tout à fait fatal. Jean Gigoux, Louis Boulenger, Célcstin Nanteuil. Jehan Du Seigneur trouvèrent à ce moment des regards, des chevelures, des attitudes, qui n'appaitenaient pas précisément à l'école d'Holbcin, mais qui, répétés avec insistance sur la toile, le marbre, le bois et le cuivre, donnent à croire que poètes et romanciers des deux sexes de ce singulier temps appartenaient plus ou moins à la famille (ÏA/igèle et d'AïUon.y^ »

C'est en eflet la préoccupation générale, ou à peu près. Le teint sera ce qu'il pourra, pâle et olivâtre ou fauve et basané : pourvu qu'on ait l'iiir « fatal, byronien, giaour, dévoré parles passions et les remords», enfin satanique et maudit, c'est l'essentiel. Bvron est le grand modèle, Byron, le « plexus solaire » du xix'' siècle, comme n'a pas craint de diie Barbey d'Aurevilly, u dans une audacieuse métaphore auatomique » '. C'est à lui et à ses héros <proii se doit de ressembler. })our peu qu'oii se pique

briand ((''ditinn liiré, 1\, j). a'iO) : k En iSrj, le fashioiiablo devait (ifTiir au premier coup iVœ'û un iiomine malheureux et malade ; îD de^■ait avoir quelcpie chose (ïe néglig^é dans sa personne, la barbe noa pas entière, non pas rasée, mais ^^randie un moment par surprise, par oubli, pendant les préoccupations du désespoir; nîèche de cheveux au vent, regard profond, sublime, égaré et fatal; lèvres contractées en dédain de l'espèce humaine ; cœur ennuyé, byronien, noyé dans le dégoût el le mystère de Tctre. » L'auteur de liené pouvait parler de ces ridicules en coiuiaissance de cause.

1. E. Seillière» Barbey d'Anrerilly. Ses idées et son cciicre, p. 53.

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