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d'être à la mode ; et cest à lui et à ses héros qu'on ressemble, — en littérature, avec une fidélité éperdue ; et dans la vie ordinaire, a^ec une application qui nous paraît bien ridicule. Le sourire doit être triste, la figure mélancolique, l'attitude orgueilleuse, tout doit donner l'impression d'une destinée rude, mais vaincue, comme il est dit dans Jacques ^
Voilà le charmant idéal auquel il est du meilleur goût d'aspirer, et que chacun s'eftbrce de réaliser de son mieux.
Les écrivains d'abord, quelques écriA^ins du moins.
Musset ferait bon marché de tout son génie pour ressembler à Byron, entendez pour avoir sa physionomie et ses aventures. 11 rcve n le litre, le rang, la beauté, la prodigalité, les débauches, la réputation fatale du grand seigneur poète ». C'est d'Alton-Shée qui l'affirme {Mémoires, I, p. iio) et il l'alfirme à bon escient.
George Sand écrit à Sainte-Beuve, le ii mars i833 : (I Ne croyez pas ti-op à tous mes airs sataniquos ; je vous jure que c'est un genre que je me donne. » Aveu précieux, et doublement significatif.
La mode est si générale, si profondément ancrée — pour l'instant — daiïs les habitudes -, qu'»ii voit s'y conformer, ou essayer de s'y conformer, cenx-là mêmes qne t'eûtes sortes idc raisons- et les meilleures, devraient en ëloigiier le plus.
... J'étais sombre et farouche .; Mon sourcil se tordait sur mon fronl soucieux Ainsi qu'une vipère en fureur ; et mes yeux Dardaient entre "mes cils un regard ferme et louclie. Vn sourire infernal crispait ma pâle bouche.
i. On se demande môme de Jacques si ce n'est pas « un de ces spectres auxquels croient les Allemands. »
2. En voici quelques preuves, glanées au hasard dans les romans
Ce sont confidences de Tliéopliile Gautier en personne. jN'allez pas cependant les prendre au sérieux. Le u bon Théo » s'amuse, comme il s'amuse encore dans la préface de ses Jeune-France, quand il nous fait part de l'impression qu'il produit partout, et qu'il n'est pas autrement fâché de produire, ^hiis justement le témoignage n'en a pour nous que ])his d'intérêt et de signification.
Malgré sa corpulence, Balzac s'étudie à prendie l'air fatal, quand il fait sou apparition dans la loge des Tigres, à l'Opéra, et il l'a généreusement donné à quelques personnages de la Comédie humaine.
Au témoignage de Barbey d'Aurevilly, Maurice de 'Guérin gâte volontiers (( son ])rofil de dernier des Abencerages» : et B. de Marzan s'aiïlige de voir chez son ami « il ne sait quel rire byronien creuser un pli fatal sur ce visage magnifiquement ombragé de son admirable chevelure noire... ■>
de Barbey d'Aurevilly. « Beau, mais marqué d'un sceau falal. le visage de l'inconnu (l'abbé de la Croix- .Tugan) semblait sculpté dans du marbre vert, tant il était pâle ! et cette pâleur verdàtre et meurtrie ressortait durement sous le bandeau qui ceignait ses tempes ». L" Ensorcelée, cliap. ni. — M"° de Polaslron voit pour la première fois Ryno de Marigny. « 11 était tout en noir. Elle ne l'analysa pas. Elle ne le jugea pas. Sa première pensée fut le Lara de lord Byron ». Une vieille maîtresse, I, chap. n. — Enfin, un passage des Diaboliques est particulièrement significatif. « Lord Byron commençait à devenir fort à la mode dans ce temps-là, et quand Mesnilgrand était silencieux et contenu, il y avait en lui quelque cbose des bcros de Byron; ce n'était pas la beauté régulière que les jeiuies personnes à âme froide rechercbent. Il était rudement laid ; mais son visage pâle et ravagé, sous ses cheveux châtains restés très jeunes, son front ridé prématurément, comme celui de Lara ou du Corsaire, son nez épaté de léopard, ses yeux glau(iues... avaient une expression devant laquelle les plus moqueuses de la ville de *** se sentaient troublées ». A un Dîner d'athées, p. '^^i'o, édit. Lemerre. — Sur le byronisme de Barbey d'Aurevilly, on lira avec grand profit le livre très pénétrant, que nous venons de citer, de M. Ernest Seillière, Barbey d'Aurevilly. Ses idées et son œuvre, Paris, Bloud, 19 lo.
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Il n'est pas jusqu'à ce bon géant d'Alexandre Dumas, dont les éclats de rire sont des coups de tonnerre et qui les fit retentir toute sa vie durant, il n'est pas jusqu'à Dumas qui ne renonce, on passant, à ce qu'il y a de plus instinctif, de plus spontané dans sa nature, et qui ne juge opportun de ressembler, au moins quelques beures, à son Antony. «Moi, j'ai la gaîté persistante... Alors, la «eule gaîté permise était la gaîté satanique, la gaîté de Mépbistophélès ou de Manfred... J'avais, comme les autres, mis un masque sur mon visage... Ce masque devait tomber peu à peu et laisser mon visage à découvert. Mais, je le répète, en 1882, je posais encore pour AlanfredetChildeHarold*. »
Les jeunes artistes qui se réunissent dans l'atelier de Jehan Du Seigneur pour boire du punch ont tous quelque chose de l'air à la mode. Voici le portrait de l'un d'entre eux :
L'astre des nuits lustrait son visage Danlcsquo, Et le Nord dérangeait son manteau gigantesque
Avec de sauvages sanglots.
A voir son crâne ardu, sa fauve clievelure. De son cou léonin la muscnleuse allure,
Ses veux caves, durs, éloquens.
Ses traits illuminés d'orgueil et d'ironie, On l'eût pris volontiers pour le rude génie
Des tempêtes et des volcans.
Il y a cependant plus romantique encore, et c'est naturellement le poète même à qui nous devons les vers qu'on vient de lire et ceux qui suivent :
I. Mes Mémoires, clia|). ccxxxn. — Sur celle allitude passagère de Dumas, cf. Parigot, Le Drame d'Alexandre Damas, pp. 74-80, 8-9, 3oo et i3 (note).
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.\près quelque silence, un visage moresque Leva tragiquement sa pâleur pittoresque^, Et faisant osciller son regard de maudit Sur le convcnticule, avec douleur il dit '...
Teint moresque, pittoresque pâleur, regard de maudît : il semble diiricile d'incarner de façon plus complète l"îd<^al nouveau.
Sur les toiles que brossent les peintres, ce ne sont que jjcrsonnages « au regard fatal et aux étranges allures». Voyez l'œuvre des Johannot ; voyez surtout les tableaux de Joseph Guichard conservés au musée de Lyon, et notamment le Rêve d'Amour. « Un personnage à l'oeil sépulcral, au type émacié. aux mains longues et osseuses, vêtu d'un pourpoint vaguement médiéval, la toque garnie d'une plume noire, regarde, accoudé près de sa maîtresse endormie, les visions riantes qui se dévoilent dans le brouillard de son rêve, tandis que derrière lui un Turc dopéra-comique se dresse, inaperçu, la main sur son poignard )) ; — le tout, exécuté dans la « manière noirâtre, pour paraître plus terrible - ».
Tout comme les écrivains et les artistes, quiconque ne veut point passer pour le dernier des épiciers et des bourgeois « se compose une tête», comme dit Gliallamel.
11 favit se créer un visage Où l'on puisse entrevoir un abime, un orage, Les tempêtes du cœur, les outrages du sort, Les noirs jDressenlimcnls, le désespoir, la mort-' !
I. Philoliiée 0".Ncddy, Feu el flamme. Nuit Iroisième, Rodomoittade. — Cf. encore le frontispice même des iiremières éditions des Odes et Ballades.
3. Léon Rosentlial, La Peinture romantique, p. 177. * 3. Le coup de pistolet chargé à poudre. Dialogue entre un vieux classique et un jeune romantique, par rilcrmite en Russie. Paris, 1839.