‹ Le romantisme et les moeursChapitre 111 sur 122 · Mme Adam, Mes sentiments · texte numérisé non relu

Mme Adam, Mes sentiments

contre les bourgeois ; et quand il s'agit de sa « chère petite Caro », c'est le plus judicieux, le plus raisonnable, le plus (t bourgeois » des oncles l. Ne va-t-il pas jusqu'à lui écrire : « Je déclare que j'aimerais mieux te voir épouser un épicier millionnaire qu'un grand homme indigent ; car le grand homme aurait, outre sa misère, des brutalités et des tyrannies à te rendre folle ou idiote de souffrances... La vie humaine se nourrit d'autre chose que d'idées poétiques et de sentiments exaltés. » Il faut être Musset pour demander tout au sentiment. La méthode est déplorable pour un artiste, et « cela vous mène à tout comme morale 2 ».

C'est ainsi que les romantiques descendaient au besoin de leur Sinaï, et que la réalité et le bon sens prenaient d'assez éclatantes revanches sur tout leur romantisme.

Quand on est convaincu, par expérience personnelle, de la fausseté et des dangers d'une doctrine, il est naturel qu'on en signale aux autres le mensonge et les périls. Si l'expérience a été particulièrement douloureuse et que, même après guérison, le souvenir en demeure encore par trop amer et cuisant, on éprouve alors comme une allégresse à dénoncer cette doctrine ; on la poursuit, on la traque sans pitié ; on en étale les misères, les hontes, les plaies secrètes; on écrit les Mémoires d'un suicidé et les Forces perdues.

1. « Ton pauvre vieux qui t'aime... Ton vieil oncle en pain d'épice qui L'embrasse... Ton vieux rébarbatif qui te bécote. Ta vieille nounou... Ta nounou qui t'aime... » Ce sont les signatures qui s'étalent au bas des lettres. Qu'aurait dit Flaubert s'il les avait rencontrées dans la correspondance de quelque bourgeois de Rouen — ou de Tostes et d'Yonville-l'Abbaye ?

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