XVI PREFACE
Chateaubriand et surtout Byron avaient conquis la gloire : ainsi les derniers venus la conquerraient-ils à leur tour. Peut-être n'avaient-ils pas les mêmes raisons que leurs illustres devanciers pour se plaindre des hommes, maudire la destinée, étaler à tous les yeux
Jusqu'au fond désolé du gouffre intérieur.
C'étaient les idées en faveur pour le moment : il fallait bien les développer. On sait avec quelle maestria quelques-uns les orchestrèrent. Mais sincères ou non, virtuoses sans plus ou artistes convaincus de la dignité et du sérieux de leur art, ou peut-être et plus simplement encore victimes tout les premiers d'un état d'esprit général, comme on leur désirerait à tous un peu moins de légèreté et un peu plus de clairvoyance ! Avec une candeur vraiment enfantine, ils ont cru qu ils pouvaient chanter impunément leurs thèmes éternels. Que leur voix allât peut-être éveiller quelque part de trop douloureux échos, en vérité c'était bien le moindre de leurs soucis. Ils disaient ingénument leur âme ; et cette sincérité devait leur servir d'excuse, mieux encore, de justification. Le lyrisme donnait le droit de tout dire, comme celui de tout oser. Ils usèrent du droit sans ménagement et sans scrupules.
Nous avions d'abord consacré un chapitre d'introduction à l'exposé de la morale romantique. La nécessité à peu près absolue d'en répéter les diverses parties au cours de notre travail nous a décidé à en faire