‹ Le romantisme et les moeursChapitre 2 sur 122 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

— Il y a apparence. — Et c'est dès le lendemain de la Nouvelle Héloïse que son influence chez nous se serait fait plus particulièrement sentir? — C'est vraisemblable.— Et, quoique avec moins d'intensité peutêtre, elle s'exerce encore aujourd'hui? — Sans aucun doute '. Cependant, et pour beaucoup de raisons dont quelques-unes sont exposées au cours de ce travail, il est probable que le maximum d'influence morale a dû coïncider avec la période d'éclat littéraire. C'est donc après 1830 que cette action du romantisme sur les mœurs doit s'être manifestée avec une certaine force. De ce moment, en effet, et sous une forme séduisante et immédiatement accessible à tous, la poésie, le roman et le théâtre ont rendu intelligibles les principes essentiels, substance de l'œuvre des grands ancêtres, Jean- Jacques et Chateaubriand. Mme de Staël et Byron. Par le seul fait d'être incarnées dans des personnages avec lesquels la masse des lecteurs et des spectateurs se trouve comme de plain-pied, les idées romantiques se vulgarisent — et elles portent sans plus tarder ' leurs fruits.

Et cette influence est d'autant plus profonde que, par l'affaiblissement ou la disparition des antiques disciplines, la littérature commence à jouer un rôle capital dans la vie morale de notre pays. Pour la première fois, ou du moins pour la première fois avec cette

1. Consulter là-dessus le grand ouvrage de M. Ernest Seillière, la Philosophie de l'Impérialisme.

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netteté el celte violence, un courant s'établit en Ire les œuvres el ceux qui lisenl ou écoulent. Ce que la littérature agile en effet maintenant devant la foule, c'est toujours quelqu'une des questions pour lesquelles cette foule, avide d'indépendance et férue d'individualisme, est justement en train de se passionner. On lui dit par exemple, on lui crie qu'elle a droit au bonheur el qu'il lui est permis de briser les obstacles, tous les obstacles, de quelque nature qu'ils soient, s'ils ont l'insolence de s'opposer à la réalisation de ce bonheur; on lui répète à satiété que la passion doit être partout souveraine, étant d'origine divine, et que donc c'est un crime de résister à ses injonctions, quoi qu'elles vous commandent; et ces thèmes essentiels de'la nouvelle école sont parés de l'éloquence la plus séduisante, enveloppés de la plus ravissante poésie. Le retentissement en fut prodigieux : il ne pouvait pas ne pas l'être; et il se traduisit comme il devait se traduire, par une imitation générale ou, si l'on aime mieux, par une recrudescence des sentiments dont la littérature offrait une si pathétique expression.

C'est en effet l'objection qui se présente tout de suite. On dit : — Cette influence de la littérature sur les mœurs n'esl qu'une illusion, ou du moins elle n'a pas, et il s'en faut de beaucoup, le caractère qu'on est toujours tenté de lui prêter. Que veut-on qui se rencontre dans les œuvres d'une époque, sinon les mœurs mêmes de cette époque? « Les tableaux se font d'après

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