‹ Le romantisme et les moeursChapitre 3 sur 122 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

les modèles et non les modèles d'après les tableaux ' . » La littérature ne crée pas d'états psychologiques, elle ne fait qu'exprimer des états psychologiques préexistants. Ce n'est donc pas elle qui est ici l'élément primordial, c'est la société ; et s'il y a copie de l'une par l'autre, c'est indubitablement de celle-ci par celle-là. A quoi Ton peut répondre qu'à réaliser par les moyens qui lui sont propres un état psychologique qu'elle n'a pas inventé, la littérature donne à cet état une netteté, une précision qui en font véritablement quelque chose de nouveau et qui acquiert du même coup une force de propagation nouvelle; si bien que, sa littérature donnant à une société une conscience plus claire d'elle-même, il est fatal que les habitudes morales de cette société s'en trouvent singulièrement fortifiées. . . Mais des faits seront toujours plus décisifs que les plus belles discussions théoriques. Brantôme écrivait donc qu'il voudrait avoir « autant de centaines d'écus comme il y a eu de filles et de femmes pollues et flétries par la lecture (TAmadis de Gaule » ; Furetière et Perrault en disaient autant de l'influence de Y Astrée ; l'on sait de reste où les Précieuses avaient appris à devenir si ridicules, et, plus près de nous, dans ses Réfractaires, Jules Vallès, qui s'y connaissait, a pu parler, avec son âpreté et sa verve sarcastique habituelles, des « victimes du livre ». Toutes ces choses en effet sont affaire d'expérience et d'observation, et nous

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