Louis G
2. Gustave H***, 1836. — Cette langue n'est pas très sûre, et lavant-dernier vers présente quelque obscurité. Le néophyte veut dire sans doute : « En votre compagnie, mais à une distance respectueuse de vous, bien loin derrière vous... »
Au surplus, des vocations aussi irrésistibles, il ne serait pas seulement cruel de les contrarier, ce serait encore dangereux; et Le Poittevin va nous le faire entendre — très prosaïquement, à son ordinaire.
Un pauvre oiseau de mer, chassé par la tempête, Devant une fenêtre un jour vint se poser; Un valet l'aperçut, qui se lit une fête ♦De l'offrir à son maître et de l'apprivoiser.
Pour qu'il ne volât plus, on lui coupa les ailes. Privé de l'Océan, l'oiseau ne put guérir; De ceux qui l'avaient pris fuyant les mains cruelles Sur les rochers voisins il s'en alla mourir.
J'ai connu quelque part un jeune homme, un poète, Qu'à vivre comme un autre on voulut façonner ; Sous le niveau commun humiliant sa tête, A la Muse sacrée il ne put se donner.
Il disait : j'en mourrai. — Nul ne voulut le croire. De son visage morne il essuya les pleurs. On le croyait vaincu ! Courte fut la victoire : La mort qu'il prévoyait a fini ses douleurs '.
Ces jeunes gens étaient des naïfs, évidemment ; mais ils avaient des convictions fortes. Plus exactement sans doute, l'atmosphère qu'ils respiraient était trop capi-
1. Vers inédits, cités par M. René Descharmes, Le Poittevin, p. 58.
teuse. L'ivresse du lyrisme, alors presque universel, faisait perdre tout de suite le sens du réel ou même du possible. Il n'y avait pas d'allure plus ordinaire que de « marcher tout vivant dans un rêve étoile ».
Aux grands souffles de L'Art j'ouvrirai ma poitrine, Et mon cœur frémissant d'extase exultera, Cependant que ma nef, sur la mer purpurine, Au vent de la beauté joyeuse flottera...
Plus loin ! Toujours plus loin ! Sans crainte des abîmes Vole, mon bel esquif, loin du bord détesté. Plus haut ! Toujours plus haut ! Les vagues sur leurs cimes Berceront mollement notre rêve enchanté * .
Il n'y aurait pas lieu d'insister autrement, s'il ne s'agissait là que de métaphores plus ou moins poétiques. Mais on peut trouver d'abord que ces métaphores ont été bien souvent employées à certaine époque ; véritablement, la consommation en a été excessive ; et le symptôme est fâcheux. Puis, toutes ces images et ces comparaisons, prétentieusss en général et inexactes quand elles ne sont pas la platitude même, dissimulent mal, ou plutôt ne dissimulent pas du tout, des sentiments, que nous avons sans doute raison de juger ridicules, mais qui ne laissent pas d'être dangereux, et pour quiconque se targue de les éprouver, et pour la société , de surcroît.
Le premier, et le plus déplaisant peut-être, est un orgueil démesuré, une infatuation énorme, — comme aurait dit Flaubert, — au point d'en paraître invraisemblables.