I. On connaît ces vers do Philothée O'Neddy
Or chacun d'outre nous, dans sa prose et ses vers, A quotidiennement le malheureux travers De mettre à nu son moi, de décrire les phases De son cœur, d'en trahir les occultes emphases.
A l'excès, pour ma part, j'ai ce tempérament,
Je prends mon moi pour thème avec emportement.
Une fièvre de l'époque.
Le cœur humain de qui? le cœur humain de quoi?
demande Musset, qui fut toujours l'enfant terrible du romantisme ;
Celui de mon voisin a sa manière d'être :
Mais, morbleu ! comme lui, j'ai mon cœur humain, moi !
« Insensé, qui crois que je ne suis pas toi! » murmure, sur le ton de gravité qui lui fut familier de bonne heure, le penseur Hugo... Toute littérature devait donc être personnelle; et c'était, croyait-on, parce quelle avait ce caractère, que la littérature romantique était si forte et si belle. Le meilleur, par conséquent, et le plus sûr, était de n/exprimer que des sentiments personnels, réellement éprouvés, « vécus », dirions-nous aujourd'hui. Ainsi fit-on, ou du moins s'efforça-t-on naïvement de faire.
Un ancien Jeune-France, bien apparenté, relations solides sinon brillantes, se met tout d'un coup à se pousser dans quelques salons politiques avec une hâte choquante. Ses amis s'étonnent, puis s'inquiètent. Mais lui les rassure : « Laissez-moi parvenir, l'art n'y perdra rien ; vous verrez quel roman j'écrirai un jour sur l'ambition '! »
« Ah ! — dit un autre, et le plus sérieusement du monde — je donnerais bien la moitié de mon talent pour être un bâtard, comme Antony ! La belle pièce que je serais sûr alors d'écrire ! Plus belle qu' Antony ! plus belle que Chatterton ! Jamais la haine et le mépris de la société n'auraient éclaté en explosions plus furieuses ! Jamais ce monde infâme... » On devine le développement . « Ah! tonnerre et sang ! Pourquoi suis-je légitime ! Pourquoi ne suis-je pas bâtard 2... ? »