‹ Le romantisme et les moeursChapitre 49 sur 122 · A Mme Lesueur, 12 janvier · texte numérisé non relu

A Mme Lesueur, 12 janvier

et il u broierait alors un fer rouge entre ses dents ». Mais ce qui est encore plus terrible, ce sont « ces moments de profond abattement qui succèdent toujours à ces rages concentrées qui rongent intérieurement le cœur sans pouvoir faire explosion..., ces tremblements de cœur sans éruption ' ». C'est lui-même qui souligne. Conçoit-on en effet rien d'épouvantable comme un volcan qui rugit sans arriver à rejeter sa lave ? Berlioz a été ce volcan perpétuel.

Aussi quelles impressions, quand il se trouve seul, face a face, avec le Vésuve ! « Il y a tant en moi de champs ravagés, de palais déserts, de ruines déjà froides, que je cherche au moins au dehors le mouvement, la chaleur et la vie. Il y a tant de matières fulminantes accumulées au fond de mon caractère refroidi, que vous pouvez penser si mes entrailles fraternelles ont dû s'émouvoir aux cris du Vésuve souffrant et furieux. J'y suis arrivé à pied, à minuit ; les étoiles scintillaient sur ma tête ; au-dessous de moi, la mer... et tout près, le Vésuve soufflant, râlant, vomissait contre le ciel des tourbillons de flammes et de roches fondantes, comme de brûlants blasphèmes auxquels j'applaudissais avec transport ~. » Il fallait être Berlioz — ou Byron — pour écrire cette page ou même simplement pour la concevoir. Encore Byron n'aurait-il jamais eu l'idée de l'adresser à une correspondante aussi placide que l'était Mme Lesueur.

Est-il besoin d'ajouter maintenant que, pendant une dizaine d'années, les Berlioz au petit pied ont pullulé chez nous d'inquiétante façon, et qu'une foule de « cratères » ont alors superbement fumé au nez des bourgeois ? Rien de plus commun que le régime « frénétique ». On met une

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