A Mme Lesueur, 12 janvier
espèce de coquetterie à paraître avoir des sentiments profonds et des sensations vives, l'important en effet étant moins de les éprouver en réalité que de donner à autrui l'illusion qu'on les éprouve.
(( ...Enfin, mon cher ami, je suis brisé, mort, anéanti... Oh ! de grâce, que ton amitié n'essaie pas de me conso 1er !... Il y a des circonstances, on le sent bien, où toutes consolations seraient inutiles ; il faut laisser son cœur en tête à tête silencieux avec sa souffrance. » — Jamais les métaphores hardies ne firent peur à un romantique. — «Non, il n'y a plus de ciel, plus de Providence, plus de justice, plus de bonté, il n'y a plus rien... En moi, en dehors de moi, du noir, toujours du noir et du vide... Il me semble que je roule dans des abîmes dont la chute de mon cadavre trouble seule le formidable silence... Oh ! je souffre, je souffre! Comme un damné !... On dirait qu'on me tenaille la poitrine avec des pinces rougies au feu ! » — Et la raison de ce romantique désespoir? La perte évidemment d'un être tendrement aimé ? dune fortune peut-être ? ou bien quelque horrible trahison ? — Point du tout. Une simple petite scène de jalousie que Ferdinand D*** a faite à Madeleine T***, sa maîtresse, et qui a été fort mal prise. Ils se sont quittés réconciliés, c'est vrai ; mais lui, il porte « là désormais le ver rongeur, le doute, le doute horrible », enfin de quoi alimenter quelque temps sa ridicule et fastidieuse rhétorique '.
Un autre trouve un peu trop longue la résistance que lui oppose une jolie femme, et il s'en ouvre à un ami. Le fait est digne de remarque, il faut toujours des confidents à nos héros, tout comme dans cette antique tragédie si exécrée, les confidences étant, à leur dire, « l'écluse par où se déverse