VIII PREFACE
trouver dans la littérature romantique des excuses à leurs mauvais penchants ou une justification anticipée de leurs fautes, ils n'en étaient pas moins bel et bien gâtés d'avance, irrémédiablement perdus avec ou sans romantisme, et il ne faut chercher qu'en eux-mêmes la dernière raison déterminante de leur misère finale. Autant de cas où, de toute évidence, la littérature doit rester hors de cause.
Autre vérité, autre précaution essentielles. Si la passion est toujours et partout identique à elle-même, immuable en son essence, rien n'est au contraire plus varié que ses manifestations, et c'est la règle que ces manifestations revêtent de préférence les formes à la mode. Il suit que d'une ressemblance extérieure d'expression on n'a pas toujours le droit de conclure à une influence foncière. Pour avoir affecté des dehors romantiques, un sentiment, une passion ne sont pas nécessairement imputables au romantisme. Le romantisme peut fort bien n'avoir fourni que la façon. De là, dans l'appréciation de chaque cas particulier où l'on croit discerner son influence, des précautions et des réserves qui s'imposent. Par un travail de critique préalable aussi scrupuleux que possible, nous avons toujours essayé de faire ces réserves et de prendre ces précautions, même et surtout quand les cas particuliers se répètent avec une fréquence significative et qu'ils éclatent avec la violence et tous les caractères d'une épidémie.