Armand B***, étudiant en médecine
LA SENSIBILITÉ ROMANTIQUE 1 'l'A
donc quelle avait un cœur de pierre, un cœur de fer ; et si l'ami n'a pas admiré le romantisme dont toute la lettre déborde et ruisselle, c'est alors qu'il manquait totalement de goût.
Naturellement, les femmes se mettent à l'unisson. Ce qu'il faut désormais à une femme à la mode, ce sont les « exagérations de la poésie féroce, les invraisemblances amoureuses de la scène, les poignantes sensations des drames sanguinaires. Elle se plaît dans ce délire d'actions et de pensées, dans les extravagances du rêve ; elle ne se déclare satisfaite de l'existence qu'autant qu'elle se trouve saccadée, échevelée, surmenée par les plus terrifiantes impressions.
« Le soir, notre coquette mondaine se rend au théâtre, avant le bal ; elle va de préférence à la Comédie ou à la Renaissance se saturer des tableaux de l'école des outranciers, elle ressent toutes les passions des héros du Romantisme ; elle partage leurs ivresses et leur agonie. Ces crimes, ces étreintes amoureuses, ces larmes, ces supplices, ces voluptés, ces bizarreries, ces tortures apportent à son cœur délices profondes et angoisses féroces à la fois1. » Elle aussi vient de « vivre », et elle n'aura rien à envier à son mari ou à son amant, — si, eux aussi, ils pratiquent le romantisme.
Cette mode sentimentale se propage. « La femme — dit Arsène Houssaye (Confessions, I, 395) — domina bientôt par la force des passions. Jusque-là les bourgeoises s'étaient tenues coites : elles s'émancipèrent comme les grandes dames ». Elles s'émancipèrent même très vite et de la façon la plus complète. A défaut de preuves — il devait en avoir cependant ! — dont il est bien regrettable qu'Arsène Houssaye n'ait pas jugé à propos" d'étayer son