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De passages scabreux, et de vers immoraux... Ainsi vous entendez ; ainsi, grands et petits, Tenez-vous tous pour bien et dûment avertis ; Si vous craignez l'effet de lectures pareilles, Abandonnez le livre ou bouchez vos oreilles.
Mais pourquoi, dira-t-on, vous mettre dans le cas
De blesser la pudeur des esprits délicats ?
Grâce aux progrès nouveaux de la littérature,
Les livres de ce temps sont d'étrange nature,
Et la chose est au point qu'on ne répondrait plus
D'une jeune personne après les avoir lus ?
— Si des livres nouveaux le ton vous scandalise,
Quelle" nécessité qu'une vierge les lise ?
Est-ce qu'une œuvre d'art a la prétention
D'être un cours de morale et d'éducation ?...
L'art n'est pas fait pour vous, mesdames les comtesses *...
Pas plus, à ce compte, que pour les honnêtes femmes, et même que pour les honnêtes gens 2.
1. Il est vrai que le même Félix Axveîs écrivait à Alfred Tattet, le 13 nov. 1832 :
Je ne suis pas de ceux qui vont dans les orgies S'inspirer aux lueurs des blafardes bougies, Qui, dans l'air obscurci par les vapeurs du vin. Tentent de ranimer leur muse exténuée, Comme un vieillard flétri qu'une prostituée Sous ses baisers impurs veut réchauffer en vain.
Je crois que le génie est un fils du mystère
Je crois qu'un vase infect en souillerait la flamme ; Que, pour l'œuvre divin, le corps ainsi que l'âme, A besoin de pudeur et de virginité.
La Mort de François Ier n'a donc été qu'un moment d'égarement — d'autanl plus significatif.
2. « O la belle tâche, en effet, d'essayer les pièces nouvelles, comme font à Marseille, ces malheureux voués à la peste, qui plongent leurs bras nus dans les ballots venus d'Orient. O l'agréable
Aussi, quelles belles indignations chez les satiriques ! et les merveilleux sujets de déclamation !
Les théâtres partout sont d'infâmes repaires,
Des temples de débauche...
C'est à qui chaque soir sur leurs planches banales
Étalera le plus de honte et de scandales,
A qui déroulera dans un roman piteux
Des plus grossières mœurs les traits les plus honteux...
Littérature funeste, littérature corruptrice et* démoralisante, pour tous, mais surtout pour les femmes, qu'on voit
D'un pied lenl désertant la salle solitaire Regagner leur foyer en rêvant l'adultère'.
profession littéraire que d'être toujours à dire aux curieux : Prenez garde ! là vous verrez la guillotine rouge de 93 ! Prenez garde ! là vous verrez les réactions de 1815 ! Prenez garde ! ici l'on mange un cadavre ! Prenez garde ! ici l'on viole un cadavre ! Prenez garde ! là se commet l'adultère presque en public ; là on marque, on fouette, on flétrit ! Prenez garde au bagne, à la cour d'assises, à l'argot des voleurs, car tout cela, en effet, c'est le drame moderne, tout cela c'est le théâtre, et voilà désormais ma tâche illustre de chaque jour ! Il n'y a pas de juge plus attentif sur son tribunal ; il n'y a pas de procureur du roi et de procureur général plus cruellement occupés dans leur cour de justice que le feuilleton dans sa stalle au théâtre. » J. Janin, Critique dramatique, III, 156. 1. Les vrais coupables, en effet,
Ce sont tous ces auteurs, qui, le scalpel en main, Cberchent, les yeux ardents, au fond du cœur humain, La fibre la moins pure et la plus sale veine Pour en faire jaillir des flots d'or à main pleine ; spéculant sur l'obscénité, l'irréligion.
Puis viennent les maçons de la littérature, Qui, portant le marteau sur toute sépulture, Courent de siècle en siècle arracher par lambeaux Les crimes inouïs qui dorment aux tombeaux. .. De la fosse encor fraîche ils retirent les morts...
l'aube du baudelairisme 171
— Mais les satiriques exagèrent, par métier ! — Ecoutez alors des esprits, point pudibonds assurément, point faciles à scandaliser, et pour cause.
George Sand écrit à Boucoiran, le 9 mars 1831 : « La littérature est dans le même chaos que la politique. Il y a une préoccupation, une incertitude dont tout se ressent. On veut du neuf, et, pour en faire, on fait du hideux. Balzac est au pinacle pour avoir peint l'amour d'un soldat pour une tigresse et celui d'un artiste pour un castrato. Qu'est-ce que tout cela, bon Dieu ! Les monstres sont à la mode. Faisons des monstres ! »
Quelques années plus tard, Flaubert ne sera ni moins net, ni moins explicite. « A Smyrne, par un temps de pluie qui nous empêchait de sortir, j'ai pris au cabinet de lecture « Arthur » d'Eugène Sue. Il y a de quoi en vomir, çà n'a pas de nom. Il faut lire çà pour prendre en pitié l'argent, le succès et le public. La littérature a mal a la poitrine. Elle crache, elle bavache, elle a des vésicatoires qu'elle couvre de taffetas pommadés, et elle s'est tant brossé la tête qu'elle a perdu tous ses cheveux. Il faudrait des Christs de l'Art pour guérir ce lépreux l. »
Ils ne savent donc pas, ces vulgaires rimeurs, Quelle force ont les arts pour démolir les mœurs ; Quel'encre dégouttant de leurs plumes grossières Renoircit tous les cœurs blanchis parles lumières...! Honte à eux ! car trop loin de l'atteinte des lois L'honnête homme peut seul les flétrir de sa voix !
Barbier, ïambes. Melpomène.
Il n'y manque pas pour sa part, au point qu'il éprouve le besoin do s'excuser de la violence de son indignation.
Si mon vers est trop cru, si sa bouche est sans frein, C'est qu'il sonne aujourd'hui dans un siècle d'airain. Le cynisme des mœurs doit salir la parole.
Et en effet on peut trouver par trop « iambique » sa description du carnaval et du chahut.