I. On connaît le vers de Baudelaire
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. 1. Cf. Sainte-Beuve, Livre d'amour, xxn, Stances d'Amaury : < Volupté, Volupté traîtresse ».
l'aube du baudelairisme 191
Ah ! quel bonheur, bonheur sans prix, D'entendre du sein de l'ivresse iïclater, déchirants, des cris Affolés de détresse ' !
Cette netteté dans l'analyse, la précision aiguë de certains détails supposent des souvenirs directs, une expérience assez complète. Deux au moins de nos jeunes détraqués avaient en effet l'expérience et les souvenirs. Suivant la formule du groupe, leurs vers n'étaient qu'« un écho direct et un reflet de la réalité » ; mais cette réalité ellemême était produit de littérature, et c'est toujours la littérature qui leur avait inspiré le désir de la vivre. Inspiration fâcheuse à tous égards. La police faillit être de l'affaire, ces petits messieurs n'ayant pas pu, comme de raison, ne pas se vanter de leurs débordements. Bel exemple
I. Cf. dans Baudelaire, le Mauvais vitrier. — Pour Baudelaire, il faut mettre « la volupté unique et suprême de l'amour dans la certitude de faire le mal. L'homme et la femme savent, de naissance, que dans le mal se trouve la volupté ». Cité par E. Crépet, Ch. Baudelaire, Fusées, £ 3. — Il n'est que juste de le dire, l'amour du mal pour le mal n'a nullement besoin de romantisme pour se manifester ; il est inhérent à la nature humaine. « Je comprends très bien les crimes les plus atroces, commis sans but, sans désir de nuire, comme cela, par curiosité, par besoin inconscient d'action... Je comprends l'enfant inexpérimenté qui, sans hésitation, sans peur, avec un sourire, allume et souffle le feu sous sa propre maison où dorment ses frères, son père, sa mère, tous ceux qu'il aime tendrement. Sous l'influence de cette éclipse temporaire de la pensée, — je dirais presque de cette distraction, — un jeune paysan contemple le tranchant fraîchement aiguisé d'une hache, sous le banc où dort son vieux père ; soudain, il brandit la hache et regarde avec une cuiiosité hébétée comment le sang coule sur le banc de la tête fendue. » Tolstoï, Confidences. Cité par M. Spronck, les Artistes littéraires, 1 28- 129. — Le mal a été même pris comme élément comique; cf. Robert Macaire, don César de Bazan, et les Scènes populaires de Monnier.
du danger de trop cultiver ses sensations et de « romanticiser » sa vie, comme disait un de nos diaboliques *.
Qu'il y ait eu alors plusieurs foyers de satanisme où l'on se soit fait un plaisir de « romanticiser la vie » à outrance, la chose n'est pas douteuse. Le charmant et spirituel Arsène Houssaye n'était pas un moraliste chagrin, et le romantisme avait toutes ses sympathies. Lisez cependant, dans ses Confessions, certain chapitre (II, i et m), Où il nest pas question du rocher de Leucade, et vous y verrez le romantisme rendu responsable de certains désordres dont la société parisienne a été alors témoin et auxquels une poétesse grecque célèbre a attaché son nom. Ouvrez maintenant, pour achever votre édification, les Mémoires d'Horace de Viel-Castel, qui connaissait bien son époque, encore qu'il fût un peu grondeur et volontiers bougon ; vous trouverez au premier volume (107 sqq.) le récit du scandale qu'avec de « très grandes dames » donnèrent, entre autres, Musset et Dumas, et vous pourrez goûter, à la suite, les réflexions du conteur sur l'influence pernicieuse de Sade, dont il déclare toute la littérature contemporaine infectée.
Qu'après cela tous ces maniaques n'aient jamais eu en vue que leur moi, et comme le dit énergiquement M. Charles Maurras, justement à propos d'autres romantiques plus voisins de nous, qu'ils se soient dévoués « dans l'ombre à la culture de ce qu'ils ont fini par appeler leur hystérie », la conséquence est tellement évidente qu'elle se passe de démonstration; il suffit . de l'indiquer 2. Et c'est ainsi