Jouissons de la vie
Romanticisons-la :
Et que crève d'envie Qui n'aime point cela!
"2. Le dénoûment du Faust de Lenau montre parfaitement à quels excès odieux en arrive nécessairement le culte du moi ; et à cet égard on n'en saurait trop recommander la lecture.
LAI HE du baudelairisme 193
qu'avec tout son individualisme et sa culture des passions et son développement excessif de la sensibilité, le romantisme aboutit nécessairement à une forme d'égoïsme qui ne laisse pas d'être assez répugnante.
Ces conséquences, fâcheuses mais inévitables, un psychologue d'une singulière pénétration les signalait dès 1815 et les démêlait supérieurement. « L'orgueil de la vie, l'enivrement de la jeunesse et des sens, — écrivait Sainte-Beuve, le 5 juillet, dans ses Chroniques parisiennes, — c'est là trop souvent l'inspiration unique de la poésie moderne, et il vient un moment où, poussée trop loin, prolongée au delà des termes, cette inspiration sans partage devient imprudence fatale, tourbillon et ruine. » Un an plus tôt, et dans ces mêmes Chroniques, le 4 juin 1844, le même critique faisait entendre le même langage. Le passage est trop long pour être intégralement rapporté : la condamnation du romantisme y est encore plus explicite, et on fait valoir contre lui les mêmes considérants '. Fromentin, qui connaissait bien la doctrine et ses résultats, est tout aussi sévère. Relisez Dominique.
1. Dès l'année 1839, l'avocat général Delapalme, dans son discours de rentrée, faisait entendre devant la Cour de Paris le même langage et développait les mêmes arguments. Cf. Gazette des Tribunaux, 4 novembre 1839. II y avait donc bien « quelque chose de pourri dans les mœurs publiques », comme disait alors un autre magistrat ; et l'on voit comment des observateurs, appartenant à des milieux différents, s'accordent pour faire de la littérature romantique une des causes de cette « pourriture ».