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A. Kermel, Une Ame en peine, ch. xi, p

LE ROMANTISME ET L-'àMOUR 207

Une saynète, qui n'a jamais été imprimée, représente une scène de ménage d'une violence afïreuse. Lui hurle, elle vocifère. A bout de souffle, de forces et de vocabulaire, ils vont en venir aux coups. Déjà la main masculine se lève, menaçante. Survient alors le jeune premier, affligé d'une surdité précoce. Il n'a rien entendu, mais il voit le geste, le prend pour une marque de tendresse dans les formes à la mode, et d'une voix piteuse laisse échapper ces mots découragés : « Et dire que je ne pourrai jamais avoir de ces façons avec ma chère Henriette!... » Il est permis de ne pas aimer ce genre de plaisanterie ; mais qu'on ait pu s'y livrer, c'est cela qui est significatif.

Citons enfin ces couplets d'un vaudeville, les Brioches à la mode, que Brazier et Dumersan firent jouer aux Variétés, en 1831 .

J'aime le spectre long d'une aune Dont la prunelle roule un feu.

J'aime à regarder un corps jaune S'enlaçant avec un corps bleu.

J'aime la sorcière accroupie Sur le manche d'un vieux balai; J'aime à voir couler l'eau croupie, D'amour quand je médite un lai.

Mais elle ! quand je dois 1 attendre, Quand sur un tronc je viens me seoir, Oh ! que c'est pitié de m'enlendre !

Oh ! que c'est pitié de me voir !

Je brûle, j'ai du vague à l'âme!

J'aurai dix-neuf ans, vienne l'août; Je demande un baiser de femme, Comme un pauvre demande un sou.

On dira : « Tout cela, c'est de la poésie ou du romanr c'est-à-dire de la littérature. Sans doute il en allait tout autrement dans la vie. » — Dans la vie, c'était sensiblement la même chose. Voyez plutôt les Lettres inédites d'Alexandre Dumas à Mélanie W*** '.

<( Oh ! oui, je t'aime, je t'aime, je t'aime ! Oui, cette fièvre m'a passé dans le sang, et il y a plus de passion et de frénésie dans mon amour qu'il n'y en a jamais eu. Ne crains rien. Je t'aime, je t'aime, et ne puis aimer que toi, toi seule au monde... Je t'aime, ô ma Mélanie; ma tête brûle, et je suis bien plus près, en ce moment, de la folie que de la raison... »

<( Moi raisonnable!... Oh! non! Je suis fou, insensé, délirant. Et, quand nous sommes ensemble devant ta mère, il me prend des moments de rage, où je voudrais te

serrer dans mes bras et dire : « Elle était à moi, avant

qu'elle ne me connût... » Oh! non, tu te trompais : jamais mon amour, a moi, n'a été doux, paisible, et je ne comptais tant sur son influence, que parce qu'il me semblait aussi impossible que tu y résistasses qu'il est impossible au bois de ne pas être brûlé par le feu... »

<( Tu m'as enfin compris, tu sais ce que c'est qu'aimer, puisque tu sais ce que c'est que la jalousie... Connais-tu quelque chose de pareil? Et ces imbéciles de faiseurs de religion qui ont inventé un enfer avec des souffrances physiques ! Qu'ils se connaissent bien en tortures ! Gela fait pitié ! Un enfer où je te verrais continuellement dans les bras d'un autre ! Malédiction ! Cette pensée ferait naître le crime !... »

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