Chatterton, I
LE ROMANTISME ET i/a.MOUR 243
Fait courir sous la peau des frissons d'épouvante1 !
De toutes ses forces on collabora à l'œuvre divine — où L'intérêt et le plaisir trouvaient si bien leur compte; jamais ne vit-on fidèles plus dévoués ni plus aveugles serviteurs.
« Je sais que la fatalité nous pousse 2. » « Lorin, je sens que tu as raison; mais je suis entraîné, je glisse sur la pente... M'en veux-tu parce que la fatalité m'entraîne 3? » Cela, c'est le langage du théâtre, et voici celui du roman. « Eh bien ! oui, c'est de l'amour, c est de la folie, c'est ce que tu voudras, un crime peut-être ! Peut-être que je m'en repentirai et qu il sera trop tard... Mais il n'est déjà plus temps : la pente m'entraîne et me précipite; j'aime, je suis aimé. Je suis incapable de penser et de sentir quelque autre chose 4. » On s'en déclara, et on en fut, généralement, incapable.
Une pauvre malheureuse, mère de cinq enfants, va succomber. Sa plus tendre amie, qui a deviné le danger, voudrait le conjurer : elle la supplie, elle l'adjure. L'autre reste inflexible, incapable même d'écouter des prières si touchantes, toute pénétrée qu'elle est déjà du dogme romantique de la fatalité. « A quoi bon résister quelques heures de plus, quelques jours peut-être, puisque je sens que je dois tomber dans ses bras? C'est mon destin, écrit là-haut dans les étoiles... Plains-moi, mais n'essaie pas de me retenir... On n'empêche pas la fatalité... Vois-tu, je sens que je serais capable de passer les mers pour aller le rejoindre... » — Le détail est admirable : on nie la volonté, mais on sait la
i. Louis S***, «Jeune-France », 1835.