‹ Le romantisme et les moeursChapitre 8 sur 122 · PRÉFACE XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XI

insignifiante, puisque, par définition, elle n'existe pour ainsi dire pas. Par exemple, entre ce que Gustave 15** communique à Raoul A*** et ce que Raoul A*** confie à Gustave B***, quand Gustave et Raoul ont le même âge, sortent du même milieu, sont tous deux étudiants, doués de capacités intellectuelles sensiblement égales, et destinés à devenir l'un et l'autre de tranquilles magistrats ou de placides notaires, la différence est à peu près inappréciable. Il n'importe guère alors de savoir qui fut exactement Gustave et qui Raoul. La chose intéressante au contraire est de savoir dans quel milieu ils vécurent, dès l'instant qu'ils en reflètent l'opinion avec fidélité ; et cela, nous le savons toujours. Ce que leur témoignage perd en originalité, il le gagne ainsi en étendue, pour ainsi dire ; il n'en devient que plus représentatif; et il semble bien qu'en la circonstance le général doive être préféré sans hésitation possible à l'individuel.

Il est un de ces témoins cependant sur qui nous pouvons dire quelques mots, d'autant que nous l'avons beaucoup cité et que d'ailleurs il s'en est toujours tenu au rôle désintéressé d'observateur : et c'est « le flâneur » ou «l'ironiste parisien ». Issu d'une de ces vieilles familles de robe chez qui le bon sens et l'esprit étaient qualités héréditaires, d'une intelligence souple, vive et pénétrante, d'un goût un peu étroit peut-être, mais avisé et fin, le plus bel avenir s'ouvrait devant lui, quand une « laryngite obstinée » vint « faucher dans leur

Page 1