‹ Le romantisme et les moeursChapitre 81 sur 122 · Louis B · texte numérisé non relu

Louis B

Ce n'est pas trop mal déjà. Il y a mieux encore.

Lorsque le fils de Dieu, saignant sur son Calvaire, Mourait pour racheter la triste humanité, De longs regards d'amour il embrassait la terre, Il aimait ses bourreaux ! Divine charité !...

J'ai bien souffert par toi, ma cruelle adorée; Sans pitié tous les jours tu me perces le cœur, Tu m'abreuves de fiel... Mais mon âme enivrée Pour foi n'aura jamais de hideuse rancœur.

Multiplie en mon cœur ces charmantes blessures, 0 bien-aimé bourreau! Fais-moi, fais-moi souffrir; Peines venant de toi jamais ne seront dures, Et je le bénirai si tu me fais mourir ' !

Il y a sans doute là quelque exagération poétique ; mais puisqu'ils sont extraits d'une lettre, ces vers ne doivent pas être tout à fait dépourvus de sincérité.

Un autre de ces étranges martyrs volontaires, tout aussi raffiné, faisait cette confidence à la femme qu'il aimait : <( Je t'ai désirée, parce que tu es belle, mais plus encore parce que tu es coquette et qu'avec toi je suis sûr de souffrir 2. » Ce serait grand dommage qu'il n'ait pas été servi à souhait... Curieux renversement des conditions et des lois mêmes de la nature, et résultat contradictoire en apparence, fort logique cependant, de l'hypertrophie romantique de la sensibilité.

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