CHAPITRE III L'EMPHASE AU THÉÂTRE
Si nous avons défini avec exactitude la composition des caractères dans le drame romantique, ce drame ne peut être que de la basse comédie ou du mélodrame déguisés. Impossibles, comment ces caractères engendreraient-ils aucune action? Or, c'est le propre de ces genres, que les situations et les faits s'y engendrent par des rapports tout matériels, mécaniquement, pour ainsi dire, en vue de l'effet de surprise.de gros rire ou de saisissement nerveux chez le spectateur. Les personnages romantiques ne sauraient se produire au théâtre que dans un appareil dramatique fonctionnarït par lui-même. Farce ou mélodrame, cet appareil esl nécessairement grossier, du moins très humble. L'emphase romantique déploie sur lui un grand manteau
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verbal. Mais ce manteau est aussi troué que celui de C(^sarde Bazan et laisse voir de toutes parts d'inavouables réalités.
Qu'un valet soit amoureux d'une reine, Toilà qui n'est montrable à la scène que pour faire rire, parce que, si ce valet est assez fou pour manifester sa passion, il sera hué par l'office et, s'il n'est pas fou, le sentiment de sa passion expire dans l'idée de sa livrée, laquelle devient le principal personnag-e de la pièce. Pour nous rendre obtus à l'incong-ruité esthétique de cette donnée et nous la faire prendre au trag-ique, il n'est que de nous étourdir. C'est ce que fait le valet romantique fluy Blas en mettant de formidables r à son amour pour la reine d'Espagne. Son ami, le bohème don César de Bazan, arrête la confidence avec des exclamations bien effarées pour un homme qui en a tant vu.
Invente, imagine, suppose.
Fouille dans ton esprit. Cherches-y quelque chose D'étrange, d'insensé, d'horrible et d'inouï. Une fatalité dont on est ébloui !
Oui compose un poison alTreux, creuse un abîme Plus sourd que la folie et plus noir que le crime. Tu n'approcheras pas encor de mon secret. — Tu ne devines pas ? — Eh I qui devinerait ? Zafari ! dans le gouffre où mon destin m'entraîne Plonge les yeux. — Je suis amoureux de la reine 1
DON cifAR Gell
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Sous un dais orné du globe impérial, n est dans Aranjuez ou dans l'Esciirial, Dans ce palais, parfois, — mon Frère, il est un homme Qu'à peine on voit d'en bas, qu'avec terreur on nomme, Pour qui, comme pour Dieu, nous sommes égaux tous ; Qu'on regarde en tremblant, et qu'on sert à genoux ; Devant qui se couvrir est un honneur insigne ; Qui peut faire tomber nos deux têtes d'un signe ; Dont chaque fanlai^ie est un événement ; Qui vit seul et superbe, enfermé gravement Dans une majesté retoutable et profonde ; Et dont on sent le poids dans la moitié du monde. Eh bien 1 — moi, le laquais — tu m'entends — eh bien 1 oui, Cet bomme-Ià, le roi, je suis jaloux de lui 1
DON CÉSAa
Jaloux du roi I