scène des portraits dans Ilernani. C'est ridicule e( éblouissant
Voici Ruy Gomez de Silva, Grand maître de saint Jacque et de Calatrava. Son armure géante irait nr.al à nos tailles. Il prit trois cents drapeaux, gagna trente tfttailles^ Conquit au roi MoLrii, Antequera, Suez, Nijar, et mourut pauvre. — Aitesse, saluez.
Vous connaissez ces allegro de Rossini où un mouvement vertig-ineux tire d'une idée mélodique infime d'inépuisables étincelles. Au piquant près, que Ilug^o n'a pas, c'est un peu de cette manière que les discours de ses personnages, quel qu'en soit l'objet, léger ou terrible, s'enlèvent, fuhninent, pirouettent et se panachent. En prose particulièrement, tout ce que le propos lui sug-gère, de si loin que ce puisse être, de comparaisons ébouriffantes, de rapprochements cocasses, de saillies effrontées, de bravades monumentales, il l'accueille avec une insouciance superbe du caractère du personnage qui parle, du temps et du lieu. C'est la blague de Tabarin et c'est le diable au corps d'un g-azetier. C'estTorquemada « cautérisant l'enfer» ouïe vieux Job disant à Mag-nus^âg-é de soixante ans, « jeune homme! taisez-vous ». Les Misérables sont très riches en morceaux de cette venue. L'exposé d'athéisme fait par le« sénateur « à l'évéque est célèbre:
Monsieur l'Evêque, rhvpothèse Jéhovah me fatig-ue. Elle n'est bonne qu à produire des gens maigres qui song-ent creux. A bas ce grand Tout qui me tracasse! Vive zéro qui me laisse tranquille!... Je suis carré par la base, moi. Monisieur l'Evêque, l'immortalité de l'homme est un écoute s'il pleut! Oh! la charmante promesse! fîez-vous-yl Le boa
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billet qu'a Adam! on est âme, on sera ang-e, on aura des ailes bleues aux omoplates. Aidez-moi donc : n'est-ce pas Tertullien qui dit que les bienheureux iront d'un astre à l'autre? Soit. On sera les sauterelles des étoiles..., etc.
Le signe plus frappant de cette sorte d'allégresse d'esprit que nous signalons ici à l'honneur littéraire de Victor Hugo, c'est son violent amour pour les noms propres sonores, lu sûreté magistrale avec laquelle il enchâsse et fait éclater comme de véritables pierreries verbales dans le granit de son vers, les plus bizarres, les plus longs, les plus faits pour terroriser la muse de Racine, noms hindous, persans, assyriens, turcs, Scandinaves, coptes, berbères ou kabbalistiques, la copieuse bouffonnerie avec laquelle il en invente qui sont, par le seul son et par le seul aspect des syllabes, comme de petits poèmes. La Chanson des Aventuriers de la Mer n'est autre chose, sei n l'expression de M. Edmond Biré, qu'« un jeu au nom placé ».
En Calabre, une Tarentaise Rendit fou Spilafangama ; A Gaëte, Ascagne fut aise De rencontrer Michellema ; L'amour ouvrît la parenthèse, Le mariage la ferma.
A Naple, Ebid de Macédoine Fut pendu : c'était un faquin.
A Capri, l'on nous prit Antoine Aux galères pour un seciuin l A Malle, Ol'ani se lit moine Et Gobbo se fit Arlequin.
Remplacez ces noms rutilants par Pierre pu Paul î
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il reste un sens fade jusqu'à la nullité. Quand parut VAne, Hago dut se réjouir copieusement à l'idée que ses confrères des Inscriptions allaient chercher dans leurs dictionnaires Goar, Garpocras, Plancarpin, Zonare, Hodierna, Sabrosco, Chifiletiiis, Aleçambe, Lycosthène, Akibas, Chalcondyle, Lèvera, Baclomez, Pascharin, Pellas^rue, Granallachs, Ammirata, et vingt auteurs plus hermétiques encore qu'il cite, sans sourciller.
Les philosophes souriront de dédain. Mais peut-on aimer les lettres et ne pas reconnaître dans cet amour raffiné des mots, dans cette org-ie ing"énue de sons et d'images, dans cette furie de la diction, dans ce talent d'enter sur un minimum de sens une vég-étation de fig-ures de rhétorique qui cerne, étourdit et finalement divertit le lecteur, peut-on, dis-je, ne pas reconnaître là une véritable faculté poétique qui n'eût demandé pour produire des chefs-d'œuvre que de recevoir un emploi en rapport avec sa nature? Ajoutez un certain fonds de g"ros humour, pesant, mais robuste, qui a parfois inspiré heureusement Hugo, la santé rabelaisienne de cet homme qui se crut Olympio, quand ce n'était pas Isaïe,le niveau essentiellement bourgeois, moyen, de ses opinions et de ses émotions sincères. II ne paraîtra pas paradoxal de dire que sa vocation la plus marquée, celle à laquelle le goût public l'eût fixé peut-être dans une époque où il y aurait eu un goût public, c'était de donner au genre qui a produit le Roman comique, Gil Blas, Gusman d'Aljarache^ Pablo de Séffovie, le capitaine Fracasse et Cyrano de Bergerac, au genre picaresque enfin, des monu-
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raents d'une graisse el dune gaîté encore inconnues.