G, CONCLUSION
En résumé, la croyance au Progrès nécessaire est une pétition de l'imagination et de la passion .
De même, la croyance à une marche fatale de l'Humanité en général ou d'une portion de l'humanité dans telle ou telle direction. Tout ce que peut l'esprit humain, c'est de reconnaître, d'après les leçons de rilistoire, que, telle condition étant donnée, tels e£Ëets en résulteront, si une autre condition ae se
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produit pas, asstz puissante pour enrayer les efFeLs de la première. Ainsi les précédents historiques nous enseignent que l'institution du réi^ime appelé « Démocratie » a nécessairement pour conséquence la g-uerre civile, la diminution nationale pouvant aller jusqu'à la perte de l'indépendance, ou bien une réaction du despotisme.
L'affirmation du Progrès nécessaire ne se peut soutenir et développer, ne peut produire à son appui des semblants de théorie, que grâce à la confusion et à l'embrouillement des concepts.
Le crédit que cette affirmation et toutes thèses connexes ont trouvé au xixe siècle, l'influence inouïe, souvent inconsciente, qu'elles ont exercée sur des penseurs d'élite est une des preuves les plus désolantes de l'aptitude de l'esprit humain à se payer de croyances démenties par les réalités les plus évidentes et les plus proches, et par conséquent à ne pas voir ces réalités.
La méconnaissance des réalités et, par suite, des sommations parfois rudes qu'elles adressent à la volonté, a son principe dans une défaillance de l'énergie. De fait, la Religion du Progrès ressemble beaucoup à la Religion du Laisser-Faire.
L'antipathie intellectuelle et morale que cette Religion mérite d'inspirer n'implique pas (et bien au contraire I) scepticisme sur la puissance qu'a le genre humain d'améliorer sous tous les rapports, sa condition. Mais le Progrès n'est pas, comme dit la scolastique, « univoque )>. Il y a de très divers objets et de très diverses directions de progrès. Il n'y a ni déter-
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niination fatale, ni exclusion falale d'un genre Je progrès par un autre, parce que les divers genres de progrès dépendent de conditions et d'industries différentes. Il appartient toujours à la volonté et à l'art humain de faire servir une sorte d'amélioration à une autre sorte d'amélioration, par exem[)le l'amélioration de l'état matériel à celle des mœurs. Enfin, à supposer (et cette hypothèse est exlrêmej que tout gain dût se payer par une déperdition, il ne s'en suivrait nullement que les déperditions et les reculs ne fussent pas plus graves encore, si l'élite des sociétés s'arrêtait à un idéal d'immobilité prudente et de pure conservation. « Les peuples les plus civilisés, dit Bivarol, sont aussi voisins de la barbarie que le fer le plus poli l'est de la rouille ». H y a donc toujours lieu de frotter activement le fer, dût-il ne jamais se changer en or.