‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 138 sur 394 · Journal : 9 et 17 avril · texte numérisé non relu

Journal : 9 et 17 avril

verture pour le 9 mai, 5 (sic) rue des Beaux-Arts, d’une école gratuite dont seront légalement reponsables MM. de Coux, l'abbé Lacordaire, le vicomte de Montalembert. Le local était loué à un M. Detroyes qui avait été propriétaire aussi des bureaux du Mémorial. On édita une affiche LIBERTÉ D'ENSEIGNEMENT placardée jusque sous les fenêtres du ministère de l’Instruction publique, précisant les jour, heure et lieu d'ouverture. Une déclaration à la Préfecture de police prouvait que les auteurs n’entendaient pas agir contre la légalité.…. et espéraient un procès. L’A gence ne laissait ni l'opinion ni l'autorité ignorantes de ses actes, elle s’entendait à la publicité et se voyait déjà déférée à un jury, bruyamment acquittée peut-être...

A l’heure dite — en ce 9 mai anniversaire de la première communion de Montalembert — « attendu que la hberté se prend et ne se donne pas », Lacordaire inaugura l’école. Il prit possession dans un discours chaleureux « de la première liberté du monde » devant une trentaine de personnes dont un seul enfant. Mais les élèves arrivèrent peu à peu et l’on en compta neuf à la fin de la séance. Après quoi, dans l’aprèsmidi et avant de recevoir Alfred de Vigny, Montalembert courut Paris pour acquérir des livres, un Christ, etc... Nul n'était venu de la part de la police malgré l’attente.. ou l’espoir des maîtres d’école 1. R

Le lendemain matin 10, premières classes. Il vint quatorze enfants. Montalembert enseignait la grammaire française et l'histoire ?. L’après-midi il vint à deux heures jusqu’à trois. Il était sorti depuis dix minutes, quand le commissaire de police se présenta. « Quel infâme malheur, écrit Montalembert, de m'être en allé pour rien, absolument rien ». I1 n'avait pas perdu grand’chose car la résistance s’organisait pour le lendemain et Lacordaire s’en entretint avec lui, en venantlui conter après dîner l'intervention du commissaire et la rédaction du procès-verbal 5.

1. Journal : 9 mai 1831. Cf. Mle de Lallemand : Montalembert et ses amis.……., P. 188.

2MCelier,0p.122.

3. Journal : mardi 10 mai 1831. Cf. Mlle de Lallemand : Montalem bert et ses amis.….., p. 180.

Dans la presse on approuve cette initiative de l’école libre, les journaux de droite notamment, et au procès le procureur Persil en tirera argument. L’Avenir des 12,13, 14 mai, sous la rubrique remarquable « Revue des journaux », cite des extraits du Temps, du Courrier de l'Europe, de la Révolution de 1830, du Courrier français, du Globe, du Journal de Paris 1. Tous ces libéraux ont compris l’enjeu de la lutte. C’est le ministère de l’Instruction publique qui exigeait les poursuites. Elles entraient d’ailleurs dans la ligne politique de Casimir Périer, président du Conseil, qui réprimait vigoureusement «l’anarchie » sous toutes ses formes et entendait que le changement dynastique de 1830 n'’entraînàt nullement un bouleversement des lois. Or, les décrets impériaux touchant l’Université gardaient leur vigueur tant qu'ils n’avaient pas été abrogés légalement. Engagée le 10, l’affaire ne pouvait donc en rester là, et le lendemain le commissaire se présenta à deux heures et demie, 3, rue des Beaux-Arts. Il trouva, avec plusieurs assistants, Lacordaire, de Coux et Montalembert qui l’avait attendu en vain dans la matinée en enseignant l'Histoire Sainte, puis en lisant les journaux. Vingt enfants étaient présents. Aux trois sommations du commissaire Noël enjoignant aux élèves et à Lacordaire, qui leur faisait le catéchisme, de se séparer, le jeune prêtre répondit en ordonnant la résistance. On expulsa les enfants, nouveau procès-verbal, réitération de la protestation de la veille. Puis Lacordaire déclara établir son domicile dans l’école. Ne cédant qu’à la force 1l se laissa expulser. Cette scène « admirable » dura jusqu’à six heures en présence de l’avocat Frémery, de Jouenne, de Cornudet, d’Alain de Kergorlay et d’autres amis de l'Avenir. Montalembert note avec émotion que, plein d’urbanité, le commissaire de police lui dit, comme il signait, que son nom était inscrit dans l’histoire ?. Montalembert répliqua en son for intérieur que son action présenteillustrerait singulièrement ce nom, et ilne cacha point sa joie d’être mêléà vingt ans à une pareille

Page 1