Grimaud, pp
2. Journal : mercredi 11 mai 1831 ; cité par Mie de Lallemand : Mon-
talembert et ses amis...., p. 189. Lecanuet, t. I, p. 232, attribue par erreur cette réflexion au juge du 13 mai.
journée. Les trois maîtres d'école joignirent au procès-verbal du commissaire une protestation juridiquement motivée.
Montalembert comparut le 13 après-midi devant le juge d'instruction Poultier. « Interrogatoire court en lui-même mais long et assommant à cause de la nécessité de parler assez lentement pour qu’un secrétaire puisse écrire chaque parole ». La réponse de Montalembert a été souvent reproduite : il en appelle à la Charte. Puis il proteste de son respect pour la Justice et déclare ne s'être associé à la protestation de Lacordaïre que pour montrer la conséquence nécessaire de l’oppression de l’enseignement : la violation du domicile de Lacordaire *. Le même jour 13, Montalembert signe, après Lacordaire, une protestation annexée à leur interrogatoire, contre la « violation flagrante, illégale et arbitraire des droits sacrés de Liberté d'enseignement, de domicile et de Liberté individuelle ».
Le lendemain 14, Montalembert avec Lacordaire offre à M° Lafargue leur défense, qu’il accepte avec plaisir’. Lamennais, Bailly et Gerbet, signataires aussi du prospectus, ayant été mis hors de cause, les prévenus furent cités le 14 à comparaître le 20. A l'audience ils demandèrent et obtinrent une remise à quinzaine afin de recueillir des signatures au bas d’une «consultation » rédigée par la défense. Des membres du barreau, notoires dans la profession ou la politique, Odilon Barrot en particulier, donnèrent ainsi un précieux point d'appui aux. avocats. L'affaire vint le 3 juin devant la septième chambre. Bien qu'ayant achevé son plaidoyer la veille, Montalembert se décide à plaider, ainsi que ses co-inculpés, l’incompétence du tribunal et à demander son renvoi devant le jury comme ayant commis un délit politique. M°S Lafargue et Frémery, puis Lacordaire dans une déclaration «admirable », font valoir les motifs de cette incompétence. « Diderot, l’avocat du roi, écrit Montalembert, fait une attaque pitoyable, où il attaque nos intentions au lieu de réfuter nos arguments ». Lacordaire pâle, le col tendu, l’écrase d’une réplique *. La septième chambre de police correctionnelle rend un arrêt
. Journal : vendredi 13 mai 1831.
. Journal : 14 mai 1831.
. Journal : 3 juin 1831.
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faisant droit aux conclusions des accusés et les renvoyant devant les juges compétents en matière politique, c’est-à-dire le jury. Appel fut interjeté de cette sentence par le ministère public.
La cinquième chambre de la cour royale cassa le 17 juin l'arrêt des premiers juges en déclarant que le délit n’était pas politique. Ceci sur réquisitoire de l'avocat général Miller « froid, terne mais fort en légalité ». Vainement, Lacordaire en a appelé à César. L'arrêt est donc cassé et les parties sont convoquées pour le 28. « Voilà notre première victoire anéantie et la perte de notre procès assurée. Nous ne perdons pas courage 1 ».
Quelle part passionnée Montalembert, en dépit d’amours malheureuses, prend à la bataille, on le sent. Cependant le premier rôle est joué par Lacordaire qui a lancé le débat et, juriste, s’y trouve à l’aise.
Le 21 juin, le comte de Montalembert meurt.En investissant son fils de la pairie cette mort modifie l'aspect de la lutte. Après conférence avec ses amis inculpés et ses avocats, Montalembert se « refuse obstinément à prendre l'initiative devant la Cour Royale ou à réclamer l'intervention devant la Cour des Pairs ». 11 se borne à annoncer au procureur général sa nouvelle position et sa décision de ne pas se présenter devant une cour dont il n’est plus justiciable.
Contrairement à ce qu’on attendrait, mais peut-être sous l'influence des idées démocratiques de l'Avenir, l’ « amourpropre » de Montalembert l’inclinait à renoncer à la pairie. Trois motifs, dit-il, le détournent de ce parti : respect de la volonté paternelle, égards vis-à-vis de la Chambre haute si attaquée, possibilité enfin de donner un plus grand éclat à la cause de la liberté d’enseignement ?.
Le 28 juin, la cour royale condamne par défaut les prévenus à cent francs d'amende, sans tenir compte de la lettre de Montalembert. Il se décide alors à plaider l’incompétence et à écrire sa requête à la Cour des pairs « par droit de légi-
1. Journal : 17 juin 1831 ; cité par Mlle de Lallemand : Montalembert et ses amis..….., p. 190.
2. Journal : 27 juin 1831 ; cité mais mutilé par Lecanuet, t. I, p. 238.
time défense. » Il rend visite à un pair, Semonville, qui approuve 1.
Le 2 juillet, les condamnés font opposition à l’arrêt,et le 6 Montalembert adresse une requête au baron Pasquier, président de la Chambre haute, pour prier les pairs de se saisir de l'affaire ?. Le 14, Montalembert absent, la cour admit l'opposition et se déclara incompétente. À l’A gence cette nouvelle fut reçue joyeusement, d’une joie qui contrastait péniblement avec la vive douleur de Montalembert en son foyer détruit.
Le courage du jeune pair n’eut d’égal que la modestie de Lacordaire qui s’effaça devant Charles de Montalembert, en l’entourant de sa fraternelle affection. Une seconde lettre à Pasquier fut rédigée le 28 juillet, car à la première il avait répondu ne pouvoir communiquer la demande aux pairs qui n'étaient pas réunis. Le 8 août, Pasquier en donna lecture à ses collègues, qui renvoyèrent à une commission. Celle-ci hésita tandis que Montalembert allait de l’un à l’autre, ici encouragé par le duc de Choiseul, membre de la commission, chez qui il déjeuna 3, là desservi. Le rapport de la commission, favorable enfin, déposé le 18 août, fut appuyé par une ordonnance royale du lendemain convoquant la Cour des pairs pour ce procès. M. de Bastard ne cache pas à Montalembert la mauvaise humeur manifestée par des pairs, blessés d’être dérangés pour un délit correctionnel 4 Le marquis de Brézé et le comte de Tascher, le vicomte Dubouchage soutiennent Montalembert au contraire 5. On fixa au 15 septembre la première audience destinée seulement à préciser la date du débat où la Cour statuerait sur sa compétence. En fait, ce 15 septembre, les pairs admirent officieusement celle-ci attendu que les tribunaux refusaient de connaître l’affaire, que les inculpés réclamaient cette juridiction et que le gouvernement la croyait compétente 5. « L’honneur dela pairie, dit le duc Decaze,