Journal : 8 et 18 janvier, 3 et 8 février
3. Lettre à Cornudet : 15 mars 1832. Correspondance de Montalembert et de L. Coynudet, p. 40.
lats ont répété aux « pèlerins » qu’ils ne seraient jamais condamnés, avaient eu tort d'interrompre l'Avenir, et ne pouvaient rien faire de mieux que de le reprendre *. Lamennais, le 5 avril, ordonne même à de Coux de jeter les bases de l'Association internationale libérale. « L’Avenir auquel il faudrait laisser son titre, deviendrait le journal de l’Association ». Le 27 avril il se déclare « parfaitement sûr de n'être pas condamné » et renouvelle ses instructions pour la réapparition de l’Avenir ?.
L'Encyclique M irari vos ? fut la réponse donnée au monde, en la fête de l’Assomption 1832, tandis que Lamennais et Montalembert, accompagnés de Rio, avaient quitté Rome devant le silence désapprobateur du Pape. Ils retrouvaient Lacordaire à Munich, où ils arrivaient le 10 août, «pleins de courage et d’espérance et résolus à reprendre l’Avenir dès que, écrivait le 20 août Montalembert à Guerrier de Dumast, nous en aurons les moyens pécuniaires » 4.
Un Bref aux Évêques de Pologne, condamnant la révolution, l’avait précédée de peu. Ce Bref avait blessé au cœur les Polonais et les catholiques, libéraux surtout, comme une ignominieuse capitulation du Pape devant l’empereur de Russie, comme une révoltante invitation aux victimes de se soumettre aux bourreaux, accordée au czar en échange d’on ne sait quelle intervention politique. Grégoire XVI expliquera plus tard à Montalembert une version fort atténuée de l’affaire et la publication de documents concernant les rapports de Nicolas Ier et de Grégoire XVI a détruit l'impression tenace laissée par ces pénibles apparences 5.
1. À. L. R. Dossier 418. Lettre de Montalembert à Lacordaire : 2 juin 1832. Cf. Coyrespondance de Montalembert et de L. Coynudet, P: 54.
2. Études : 5 avril 1911, pp. 78-00. Lettres inédites de Lamennais à de Coux.
3. Œuvres complètes de Lamennais, t. XII, p. 316. 4. Lettre inédite : archives de la famille de Dumast, à Nancy. 5. Cf. édition Goyau et P. de Lallemand : Lettres de Montalembert à
Une lettre personnelle du cardinal Pacca à Lamennais 1 accompagnait l'envoi de l’Encyclique, reçue le 30 août, et précisait quatre blâmes :
1° de l'initiative d’une discussion de presse sur des points délicats ;
2° de l'esprit révolutionnaire émané des doctrines sur la hberté civile ;
3° des exagérations sur la liberté des cultes et celle de la presse ;
4° de l’Acte d'union dont Sa Sainteté réprouvait le fond et la jorme.
L'Encylique est toute contre l'esprit révolutionnaire qui, sans l’aide de Dieu, eût déjà deux fois submergé la barque de Pierre et son nouveau pilote. Elle dénonce 1# primis, comme cause de telles calamités, la conspiration des sociétés secrètes. Elle proclame que l’Église éternelle n’a point besoin d’un rajeunissement, que la réclamation des libertés de conscience, etc..., vient d’une source pestilentielle, l’indifférentisme, que l'Église et l'État doivent être alliés. Elle souhaite la protection de la religion par les princes.
Absolue condamnation : il faudra des années pour comprendre sa portée exacte et trouver la distinction conciliatrice thèse-hypothèse. Absolue condamnation d’une cause au service de laquelle Montalembert a mis tout son cœur et son esprit, coup de massue sous lequel un catholique n’a qu’à s’agenouiller, sans comprendre ou convaincu qu'il est victime d’intrigues politiques. Montalembert avait assisté au banquet célèbre offert à Lamennais par ses amis allemands le 30 août, dîner au cours duquel l’envoyé de la nonciature avait remis l’Encyclique. Imperceptiblement sorti un instant pour le recevoir, Lamennais n’avait pas trahi cette révélation en rentrant dans la salle de fête. Montalembert avait vu ensuite la résignation qui avait semblé la première réaction du maître. Mais la révolte monte ?. Navré, Montalem-
La Mennais, p. xv, note (1), renvoyant au livre du P. Boudou : La Russie et le Saint-Siège. — Cet ouvrage réfute en particulier Debidour : Histoire des rapports de l'Église et de l'État, P. 425.