Ibid., P
3. Giraud : La.vie tragique de Lamennais. R. D. M., 1933, t. XV, P. 167.
principe un sentiment de foi en l'esprit révolutionnaire. La seule sagesse eût discerné les différentes sources de celui-ci. Certes, en cette année 1830, il y eut des hommes épris de liberté, de romantiques chevaliers qui moururent pour elle et dont le cœur fut pur. Il y eut des victimes d’oppressions inhumaines. Cependant, des politiques calculaient, des meneurs semaïient la haine, les ventes manœuvraient, et les troupes serecrutaient en bonne partie parmi les violents toujours prêts à secouer le joug de la discipline sociale. Louis-Philippe et Grégoire XVI sont menacés par ce flot révolutionnaire dont les réalistes cherchent et voient le point de jaillissement. Paris, de mars à septembre 1831, souffre d’émeute chronique. Montalembert le sait bien, qui participe aux factions et alertes de la garde nationale, qui assiste l’arme au pied et indigné au sac de Saint-Germain. Sous l'impression du moment, il a même confié à son Journal (14 et 15 février 1831) « je vois avec horreur toutes mes espérances déjouées, mes illusions détruites, l'alliance que j'avais rêvée entre Dieu et la liberté compromise et presque anéantie». La populace l’écœure, mais c’est pour le gouvernement, « monstre de lâcheté », que l'Avenir, on l’a vu, réserve ses attaques. Il réclame la suppression des armées permanentes 1, au moment où Ozanam croit à une guerre imminente dont « l'Europe entière enlacée dans les filets de la Franc-Maçonnerie sera le théâtre » ?.
Rome sonde plus profond, et trouve la nappe nourricière : une philosophie essentiellement antichrétienne. Celle-ci réclame «le renversement de toute autorité et de toute religion révélée » 3, lors même qu’elle se camoufle en demandant « liberté, égalité ». Elle propage le sentiment d’indépendance comme un poison propre à tuer le christianisme.
Ces affirmations de Rome barrent la route aux hommes de l'Avenir. Ils voyaient dans l'esprit révolutionnaire une inspiration chrétienne polluée. Ils tendaient la main aux libéraux
Mt p2097:
2. Lettres d'Ozanam, t.T, p. 5, citées par Goyau : Autour du Catholicisme social, 2e série, p. 263.
3. Deschamps : Les Sociétés secrètes et la Société, t. I, P. 152, citant
une «révélation » d’un franc-maçon publiée par Gerbet dans le WMémoial catholique.
« sincères ». Pour discriminer cette sincérité, point de norme ; comment empêcher la logique révolutionnaire, comment obliger les hommes avec qui l’on applaudissait 1789 à maudire 1703 !, ils ne se le demandaient pas.
Rome, condamnant l'esprit révolutionnaire en lequel l’4venir avait foi, porte un coup mortel à ce sentiment dans le cœur de Montalembert.
On verra jusqu’à quel degré le jeune pair tirera de cette condamnation décisive, à laquelle il se soumettra sincèrement, une double leçon de réalisme et de doctrine. Même, après 1848, Montalembert soutiendra Louis-Napoléon contre l’anarchie.
Pour l'instant il n’y paraîtra guère et longtemps un reste de sympathie demeurera.