‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 169 sur 394 · Tbidem, p. 103. Lettre de Cornudet : 6 décembre · texte numérisé non relu

Tbidem, p. 103. Lettre de Cornudet : 6 décembre

4. Tbidem, pp. 122 et 128. Lettres de Montalembert : 15 février et 10 mars 1834.

5. Tbidem, pp. 116 et 155. Lettres de Montalembert : 28 janvier et 19 juin 1834. Montalembert songeait à un ouvrage qu’il intitulerait : Pélerinages d'un catholique au dix-neuvième siècle. Cf. Lecanuet, t. I, P. 371.

« L'AVENIR » 21I k x

Un homme prend, en ces temps-là, barre sur Montalembert au point d’être nommé son « confesseur laïque » : Skrzynecki !. Généralissime des armées polonaises au cours de la révolution de 1830, le héros malheureux que l'Avenir avait exalté vivait Lis, ou moins prisonnier à Prague. Pérégrinant en désarroi à travers l’Europe, un mois avant d’avoir été conquis par sainte Élisabeth, Montalembert le 3 octobre 1833 — jour de la condamnation ercore ignorée des Pèlerins — rencontra Skrzynecki. Il trouva en lui tout ce qu’il avait espéré, «le modèle du chevalier chrétien, un saint et un héros » ?. En trois mois de solitude à Munich 5, Montalembert écrit trois fois au général. Le 8 février 1834, dans sa quatrième lettre, il répond à des conseils touchant son avenir d'homme public, avec quelle mélancolie ! Il a dû renoncer, dit-il, à l’espérance d’un tel avenir préparé par l’exemple paternel, par ses propres études, par ses efforts. Son imagination reste « aussi dominée qu’autrefois » par cette vie prestigieuse. Mais la Chambre des pairs est peuplée de « vieux débris de quatorze régimes différents », les libéraux montrent un anticléricalisme ignoble, les catholiques exigent de lui une adhésion pure et simple à l'Encyclique, c’est-à-dire un reniement de ses « convictions les plus anciennes et les plus enracinées » 4. NH Decel réphiq ue en in-

. vitant son jeune ami au recueillement et à la prière : il faut travailler pour Dieu, non pour son « moi ».

Juin 1834. Le général et le jeune pair galopent botte à

1. Montalembert et sa correspondance inédite avec le généralissime Skrzynecki, par J. N. S., La Chapelle-Montligeon, 1903.

2. Journal cité par P. de Lallemand : Montalembert et. l'étranger, p: 80: CivLecanuet CAL 1p.377:

3. Montalembert y séjourna du 19 décembre 1833 jusqu’à mars 1834, fréquentant le théologien Dœællinger, Gærres,de Baader, de Schelling et aussi les milieux diplomatiques, le comte de Vandreuil, ministre de France, Lord Erskine, ministre d'Angleterre, Mgr comte de Mercy, nonce apostolique. Il y retrouva Ed. de Cazalès.

4. J. N.S. : Montalembert et sa correspondance. avec. Skrzynecki,

PP. 4 et 5.

botte dans la campagne de Toœplitz..……. Ils parlent de la nécessité de la souffrance 1. Puis Montalembert continuant ses voyages — Dresde, Marbourg, Botzen.. ? — garde par lettres contact avec son « confesseur ».

Au mois de juillet, navré de la condamnation des Paroles d'un croyant, il reconnaît cependant, dans une lettre à la comtesse Ankwicz, les erreurs flagrantes de M. Féli « telles que l’origine diabolique du pouvoir, le bonheur universel sur cette terre ». Il trouve affreuse la position de Lamennais, mais, ajoute-t-il, la soumission est « le seul parti qu’il doive prendre selon moi et que je lui ai conseillé car, avant tout et malgré tout, il faut rester dans l’Église » 8, Il n’en crie pas moins à Skrzynecki son angoisse devant l’impossibilité de concilier religion et liberté. « Les uns comme Lacordaire ne veulent plus entendre parler de liberté ou de progrès ; les autres comme M. Féli et les néophytes de son livre (Paroles d'un croyant) ne veulent plus entendre parler de l’Église. Mais sans l’Église point de religion — c’est de foi, et l'expérience des protestants est là pour le prouver... — Tout mon être est déchiré en deux 4 ».

Oui, là est le nœud du drame. Ah ! que ne donnerait pas Montalembert pour pouvoir sacrifier l’Église à la liberté ou la liberté à l’Église ; il ne le peut... « je suis un malheureux homme d’entre-deux comme dit Pascal », écrit-il à Lamennais 5.

Pendant ce temps, le voyageur s'emploie à une réalisation qui l’éloigne de sa douleur et le rapproche de Dieu. À Prague, quand il est venu pour voir Skrzynecki, il a rencontré d’excellents catholiques qui avaient formé le plan de fonder un hos-

1. Montalembert et sa correspondance... avec. Skrzynecki, par J. N. Si, -ppi7'et’8.

2. Le 5 juillet et suivants à Strasbourg, Montalembert rencontra le comte Plater, l’évêque Mgr de Trévern, l'abbé de Bonnechose et l’abbé Bautain. Il revint à Munich le 31 août via Stuttgart, Fribourg, Innsbrück où il séjourna. En octobre, il gagna l'Italie.

3. Le Correspondant, t. 139 de la collection (Nouvelle série, t. 103), pro.

4. J. N.S. : Montalembert et sa correspondance... avec... Skrzynecki, p. 12. Lettre du 15 août 1834.

5. Lettres. à La Mennais, édition Goyau et P. de Lallemand : 14 août 1834, p. 244.

pice analogue aux Quinze-Vingts et d'y introduire des sœurs de charité françaises. Montalembert, qui avait admiré le succès bienfaisant des Sœurs de Saint-Charles de Nancy à Coblentz, où elles avaient essaimé, presse aussitôt Guerrier de Dumast de « déterminer la supérieure de la maison de Nancy à recevoir dans son noviciat deux ou trois jeunes filles de Bohême qui s’y formeraient et qui reviendraient ensuite diriger l’établissement des aveugles ici, accompagnées peut-être de quelques sœurs de Lorraine et d'Alsace ». Montalembert, loin de perdre de vue l’affaire heureusement engagée grâce à lui, la mènera à bien jusqu’à l'installation à Prague 1.

Ni ses recherches sur l’histoire du Moyen âge, ni cette intervention charitable à Nancy, n’arrachent Montalembert à son incertitude douloureuse. Il s’en plaint.

Affectueusement inflexible, Skrzynecki répond que la souffrance purifie, mène au but, et que Montalembert doit se «préparer à remplir un jour dignement la mission de pair de France » ?. Le 8 octobre, apaisé, Montalembert lui avoue qu'il a raison et lui promet de tenir, discret, inaperçu d’abord, au poste « assigné dans l’armée du Christ, y attendant le moment de combattre ou de souffrir selon qu’il plaira à Dieu ». Il se félicite d’avoir acquis, dans le voyage en Allemagne qu’il termine, mille connaissances qui ont heureusement modifié son « point de vue politique et social ». Il prend in fine la résolution de passer l’hiver à Paris et d’y effacer par sa modération « l’impression défavorable produite par la préface des Pélerins » ?.

Cornudet de son côté pousse son ami, tout en restant attaché de cœur à M. Féli, à ne pas « lui sacrifier ses principes et sa conscience »et il s’afflige de l’article de Lamennais «sur le Despotisme et la Liberté» qui passera pour une « bravade » “.

1. Montalembert à Guerrier de Dumast : 16 octobre 1833 et lettres suivantes jusqu’en 1837. Ces inédits se trouvent aux archives de la famille de Dumast, à Nancy.

2. J. N.S. : Montalembert et sa Correspondance. avec. Skrzynecki, Dar:

- 3. Ibidem, pp. 15 et 17.

4. Correspondance de Montalembert et de L. Cornudet, p. 163. Lettre

de Cornudet : 13 août 1834.

Lacordaire, enfin, l'emporte qui était venu fraternellement rejoindre quelques jours Charles à Marbourg.

Au vrai une impression était demeurée ineffaçable au cœur de Montalembert. Les cérémonies de la Semaine Sainte à Rome en 1832 l'avaient bouleversé et la bénédiction donnée du haut de Saint-Pierre par le successeur de l’Apôtre, « tiare en tête, entouré des cardinaux mitrés, donnée à soixante mille: fidèles agenouillés sur la place, au bruit des canons, des cloches, de mille fanfares, par le plus beau soleil du monde, sur l'emplacement même du cirque de Néron où périrent tant de martyrs » *.

Ce jour de Pâques de l’année douloureuse de Mirari, Montalembert l’avait dit lé plus beau de sa vie et d'émotion son: cœur avait battu à se rompre tandis que ses yeux étaient baignés de larmes. Il était «ivre de bonheur et d’orgueil en songeant qu’il était catholique » ?. Et en septembre 1832, comme il semblait se révolter, il rassurait en ces termes un ami inquiet : « Je n’ai jamais eu des tentations sérieuses de: révolte ( intérieures bien entendu) contre l’Encyclique » #.

Racontant, trente ans plus tard, dans sa biographie de Lacordaire, cette période douloureuse de la condamnation à la soumission, Montalembert écrira :

Avec le vain espoir de me dérober aux douleurs et aux orages. d'un conflit trop cruel, je m'étais réfugié en Allemagne où j'étais. poursuivi par les appels de M. de La Mennais. Je n'étais pas rebelle... je n'étais qu'hésitant et troublé. Pendant que je résistais opimâtrément aux pressantes sollicitations de Lacordaire j’invoquais auprès de M. de La Mennais la fidélité de mon dévouement …. pour obtenir de lui la patience et le silence. Mais j’en voulais à mon ami d’avoir suivi une autre voie plus publique et plus décisive... Quand je cédai enfin, ce ne fut que lentement, comme à regret, et non sans avoir navré ce cœur généreux. Cette lutte avait trop: duré. J'en parle avec confusion, avec remords. 4,

1. Correspondance de Montalembert et de L. Cornudet, p. 42. Lettrede Montalembert : 24 avril 1832.

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