‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 180 sur 394 · VIL PP · texte numérisé non relu

VIL PP

. VII, pp. 88, 1or et 54.

ŸTIL, pp. 166 et 173.

AVES DPD ISO 091 143:

VII, pp. 148 et 140.

Noms nNE 00090000

Dans tout cela, pas d'étude complète et approfondie du Moyen âge dont Montalembert n’a pas prétendu écrire l’histoire. Mais pour accréditer ses affirmations il compte sur sa compétence d’historien. Or,une évidence saute aux yeux : ici l'interprétation artistique du Moyen âge tient lieu d’exactitude historique ; au romantisme la connaissance impartiale des hommes cède le pas. Rien de surprenant en cela puisque l’érudition et l’histoire.au début du xix® siècle ne collaboraient guère. Malgré un travail considérable, de laborieuses recherches et la lecture en vieil allemand de nombreuses chroniques, Montalembert aborde l’histoire en amateur et sans esprit critique aiguisé. Des faits établis sont le tremplin d’où son imagination et son apologétique s’élancent. « Personne ne nie, écrivait Lamennais à ce sujet, que le Moyen âge n'offre des choses très belles, mais d’en faire Le type de toute perfection et particulièrement de la perfection sociale, c’est cela qui est extravagant 1. »

Montalembert ne distingue pas les siècles, bien différents, qui composent le Moyen âge. Il ne distingue pas davantage, dans l’unité relative de la chrétienté féodale, les caractères déjà différenciés des futures nations européennes. Il ne doute pas que l’évolution politique de l'Angleterre, loin d’être originale, spécifiquement britannique, ne représente un développement possible pour la France. Nous avons lu qu’à ses yeux la constitution anglaise est issue naturellement des institutions médiévales. Nous verrons qu'il accuse nos rois d’avoir empêché le même épanouissement en France. Plus tard, dans les Moines d'Occident, il indiquera seulement que le peuple anglais ayant échappé à l’étreinte romaine ne subit pas le poids de la tradition impériale.

Il passe sous silence, avec une ingénue partialité, les incon-

1. Lamennais à Boré : 31 décembre 1834. Roussel : Lamennais inlime...

vénments du régime féodal !, et, plus encore, les manifestations qui prouvent le mécontentement populaire à certains moments. Il s'arrête à l’étymologie curieuse de « livrée » sans se demander dans quelle mesure était libre et heureuse la domesticité des burgraves. Très justement, à l’inorganisation du monde ouvrier au xIX® siècle qui le livre sans défense aux capitalistes et à l’État, il opposera la nécessité d’associations corporatives, mais il donnera comme modèle ou symbole la corporation médiévale sans savoir ce qu’elle fut, protectrice du travail plus que du travailleur.

Montalembert instruit, d’autre part, le procès du droit romain avec une sévérité plus grande que sa connaissance du sujet. Ce puissant esprit s’écarte trop facilement des méthodes rigoureuses. Il soutient que le droit germanique était humain et que la conquête des conquérants d’outre-Rhin par le droit étatiste des vaincus latins fut néfaste. On retrouve ici la thèse de l’école allemande qui, par nationalisme, tirait à soi l’honneur pour les Germains d’avoir fondé les bases de la civilisaton. Montalembert a trop fréquenté les intellectuels allemands, précisément au temps de ses premières études sur le Moyen âge, pour être demeuré insensible à cette influence. Le mélange des anciens peuples romains et des tribus germaniques en leurs vagues successives enfanta de nouvelles nations. Loin que les vaincus fussent exterminés ou incorporés, ils conservèrent l'influence de leur civilisation supérieure ?. La noblesse était sans doute plus constituée chez les Germains * ; mais la féodalité naissante sortit aussi des élites gallo-romaines. Un droit nouveau se développa, le droit féodal dans lequel l’hérédité germanique prédominait au Nord et l’hérédité romaine au Midi. La féodalité chère à Montalembert fut-elle moins parfaite au Midi ? Et les provinces du Nord ne virent-elles pas l’anéantissement de droits personnels

1. Dans cette critique et les suivantes nous nous sommes appuyé sur les enseignements de M. Édouard Jordan.

2. Cf. de Savigny : Histoire du Droit romain au Moyen Age, traduction Guenoux, t. I, p. 196, que Montalembert a lu dans l'original comme en témoigne une lettre à Michelet (R. D. M. : 1° novembre 1024,

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