‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 183 sur 394 · II. LE FÉODAL ET LA MONARCHIE · texte numérisé non relu

II. LE FÉODAL ET LA MONARCHIE

Chrétien, le Moyen âge possède aux yeux de Montalembert d’autres mérites : il fut l’âge d’or des libertés, il fut celui de l'aristocratie : héréditaire. Le système féodal s'élevait jusqu’au roi, suzerain des suzerains. L'ancien régime modifie petit à petit cette organisation. La monarchie devient absolue : ab soluta, déliée vis-à-vis du Pape et vis-à-vis des barons. Les rois rassemblent duchés et comtés autour de l’Ile-de- France, ils en font la France, abaïssant les barrières entre eux et barricadant les frontières. Ils prennent de plus en plus en main la destinée du pays. La monarchie, au sens étymologique du terme, s’épanouit progressivement. Montalembert le déplore et n’admire nullement son œuvre. Au contraire, il reproche aux rois d’avoir, hantés par l’exemple des Césars, contrarié par absolutisme, par étatisme, l’ordre naturel qui postule des cellules sociales petites, très diversifiées et indépendantes. Le progrès matériel entraînant une centrahsation croissante, d’aucuns ont imputé à crime à l’ancien régime d’avoir trop ménagé les diversités provinciales au prix d’une inextricable complication administrative. D’autres ont loué l'élaboration lente, l’empirisme organisateur des cadres du royaume, sous l'inspiration d’idées romaines ou autres nées de l’expérience ou, en tout cas, respectueuses des lois naturelles. Certains enfin ont déploré que la France ait cédé à l’étreinte absolutiste, que ne soit pas sortie des périodes

confuses, au XVI® ou au XvIIe siècle, on ne sait quelle monar-

chie tempérée. Montalembert est du nombre, sans l’exprimer nettement, convaincu de la malfaisance de cette prétendue organisation monarchique. Pour peu, il soutiendrait que l’évolution de la société française depuis 1500 — il désigne la date ? — est contre nature, de par la pression royale qui a faussé, brisé, les cadres naturels et d’abord la noblesse.

1. Ansiocratie non au sens étymologique, bien que Montalembert s'en souvienne sans déplaisir, mais au sens couramment employé par Jui, de noblesse titrée.

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