Chapitre vi, $ 1. L’Idéal politique
s'exprime semblablement. Mais les romantiques n’ont point ce privilège. S'ils ne raisonnent pas, d’autres le font pour eux et aboutissent aux mêmes conclusions. Tocqueville, beaucoup moins passionné que Montalembert, établira les responsabilités de l'Ancien Régime 1, synthétisant les sentiments et les idées, la documentation aussi de toute une classe de la génération de Montalembert. Taine, à son tour, accusera la monarchie d’avoir « implanté en France la centralisation administrative », d’avoir en momifiant la noblesse préparé la dissolution révolutionnaire. Nombreux sont les historiens d’aujourd’hui ? qui reprennent ce thème à l’aide d'arguments et de preuves plus solides que celles de Montalembert.
Pour préciser par contraste cette position de notre romantique chrétien, rappelons que Voltaire, si détesté par celui-ci, a célébré Le Siècle de Louis XIV. On discerne là une certaine filiation spirituelle et intellectuelle. Le plus récent panégyriste du Roi Soleil n’a-t-il pas reconnu que la pure doctrine gallicane du droit divin, dont le monarque était pénétré, a toujours été combattue par l’Église ? M. Bertrand n’a-t-il pas insisté aussi sur sa volonté de disposer pleinement de tous les biens selon les besoins de l’État, sur le caractère égalitaire de Louis. XIV s ?
D'ailleurs nous trahirions indignement Montalembert en lui attribuant sans réserve le réquisitoire systématique dressé ci-dessus pour la clarté de l’exposé et dans lequel sont résumées ses pensées 4 Montalembert ne conçoit point de système. S’il déteste Louis XI, Richelieu (comme Vigny) et Louis XIV,