À. L. R. — Dossier 521, pièce n° 5, lettre à l’abbé Tron
J'aime beaucoup, notait-il à Gênes le 13 décembre 1831 dans son Journal, que les rois viennent nous parler de légitimité et de droits anciens, eux qui en 1815 ruinèrent et confisquèrent de sangfroid les deux républiques de Gênes et de Venise qui certes étaient plus anciennes et plus légitimes que les deux tiers des monarchies d'aujourd'hui.
Quant aux « légitimistes » chers à son oncle, voilà ce qu'il en pense :
Oui, les légitimistes en masse comptent le plus d'honnêtes gens mais ils comptent aussi parmi leurs chefs, leurs organes, les plus immoraux, les plus roués, les plus détestables. C’est ce qui explique le peu d'influence de ce parti. Il eût été irrésistible s’il n'avait pas agi ainsi ; mais prêcher le désordre pour ramener un soi-disant ordre, c’est-à-dire les places, ke pouvoir pour eux, l’idolâtrie égoïste pour une famille... |
Aussi sont-ils sortis des élections de 1837, « à la fois vaincus et déshonorés, deux fois déshonorés, par le parjure d’abord (le serment électoral) et par leur alliance avec les républicains ensuite ».
Montalembert compare enfin la grandeur d'âme des vainqueurs de Juillet sauvant la tête des ministres, malgré les insultes de la presse légitimiste, à l’exécution du maréchal Nev 1.
La légitimité de’ droit de la révolution de Juillet et de l’accession au trône de Louis-Philippe, Montalembert l’établit ailleurs ? par des exemples historiques nombreux. Le plus frappant lui paraît celui de la révolution anglaise de 1688, reconnue par toute l’Europe à la paix de Ryswick en 1697, et par Louis XIV lui-même. Montalembert insiste sur cela dans un article de la France contemporaine auquel il attache beaucoup d'importance et qu’il ne publie pas sans l'avoir soumis à Lacordaire et à M. de Mérode. Laissant de côté la question de droit proprement dit, il y constate que l'origine de la Monarchie de Juillet, « l'insurrection victorieuse, est un des faits les plus habituels et les plus provi-
1. À. L. R. — Dossier 115 : Pensées catholiques et politiques.