Première lettre sur l'aristocratie, infra p
3. Le National exprimait de telles idées. Voir aussi le manifeste du 23 octobre 1833 des Droits de l'homme.
conservatisme et l’athéisme des premiers provoque les seconds à s’insurger sans plus rien respecter, comme le capitalisme libéral prépare le marxisme : peut-on les identifier ? Double erreur selon Montalembert. Soit. Pas unique.
Juste autant qu’'injuste, Montalembert a clairement discerné la nuisance de la démocratie dans l’ordre naturel, cette passion de l'égalité qui, depuis l’ostracisme d’Aristide jusqu’à l’échafaud, tend à démolir toute hiérarchie naturelle. Il a éprouvé qu'en fait, sinon en soi, la démocratie est hostile à Dieu. Il constate que Veuillot et autres convertis ont abjuré en même temps que leur incrédulité, la foi en la démocratie 1. Lucide, il voit le rôle des Homais dans la propagande républicaine et anticléricale. L'efficacité de celle-ci ne lui échappe pas. Le parti républicain n’est écrasé, Montalembert le devine, ni par les lois de septembre — qu’il a combattues au nom du libéralisme —- ni par la répression des émeutes du printemps 1839. Épouvanté des attentats régicides et des desseins révélés aux pairs par les accusés traduits devant eux, il craint d’amorcer toute réforme de structure du régime de Juillet, d'entamer « d’une manière quelconque l'édifice électoral de 1831 si mal construit et si mal disposé », redoutant qu'ils ne s’écroulent sur sa tête. Et alors, dit-il, « adieu Royauté, Pairie et tout ce qui nous sépare encore un peu de l’anarchie »?.
Raisonne-t-il faux ? Nul n’oserait l’affirmer, même si l’on est convaincu qu'ayant stabilisé le gouvernement et foudroyé: les républicains, la monarchie parlementaire était consolidée en 1840.
Ou plutôt, on ne le répétera jamais trop, Montalembert ne raisonne pas. Il sent que la démocratie précipite la société vers des bouleversements sans nom, qu’elle contrarie la nature saine, qu’elle est dépourvue de vie constructive et, d’instinct, il crie au péril. Il le clame, aristocrate révolté d’être dépossédé du commandement pour lequel il est né, d'assister au règne de la bourgeoisie demain détrônée par le peuple...
1. Troisième lettre sur l'aristocratie, infra p. 539. | 2. Lettre à d’Alton-Shée : 11 novembre 1839. Revue de Pans: 1er décembre 1906, p. 565.
Il sent aussi « que la France veut être gouvernée démocratiquement » 1...