IT. L'IDÉAL POLITIQUE
Montalembert admire le Moyen âge, il vitupère la monarchie et la démocratie, en catholique mais presque autant en aristocrate. Le titre des lettres à Lacordaire sur ces problèmes l'indique assez : lettres sur l’aristocrahie et non pas «sur l’ordre politique chrétien » ou « contre la démocratie ». L’aristocratie forme pour Montalembert la colonne vertébrale du corps social bien constitué. Il le prouve par des arguments historiques —- en insistant sur sa compétence en la matière. Il indique au passage les caractères de l’aristocratie, son rôle et, fort de l’exemple anglais, évoque les chances de sa résurrection. |
L'ancienne organisation de l’Europe (Montalembert parle moins volontiers de la France), avant la Renaissance païenne, la Réforme et la monarchie absolue, a favorisé non seulement l'Église mais l'épanouissement des facultés les plus nobles de l’homme. Certes on inscrit à son passif des torts « immenses » et des crimes. Toutes les puissances humaines sont tarées. Noircies par les philosophes incrédules, les annales de la société médiévale ne contiennent cependant « rien qui approche des horreurs commises par la monarchie et la démocratie » ?. Or «le principe politique qui dominait dans cette société était l'aristocratie » #, son esprit la chevalerie. Cette aristocratie se recrutait elle-même puisque le droit d’anoblir appartenait en fait à tout chevalier. Vers le xIrI® siècle la noblesse devint distincte de la chevalerie et les grands seigneurs du royaume qui s'étaient arrogé ce droit durent au XIVe le réserver au roi 4. Le jeune pair fait allusion à cette
. Première lettre sur l'aristocratie, infra p. 525.
. Ibidem, p. 520. '
. Deuxième lettre sur l'aristocratie, infra p. 531.
. M. de la Bigne de Villeneuve : Une curieuse théorie : la dérogeance