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distinctions ou des places. Quant aux relations avec ce que l'on appelle, à tort selon lui, l'aristocratie de France, il en échange fort peu et se refuse à quelque assiduité au faubourg Saint-Germain. Lui ne prodigue pas les armoiries, tout en maintenant fièrement ses privilèges, soit qu’il revendique en 1831 d’être jugé par ses pairs, soit qu’il illumine le bras gauche du transept, en l’église de la Roche, d’un vitrail armorié d'argent à la croix ancrée de sable :. Il ne relève même pas la devise de ses aïeux : Ferrum fero, jerro feror, lui préférant n2 espoir n peur, plus d'honneur que d'honneurs. Par l'esprit qui l’anime, Montalembert dépasse donc de haut la mentalité d'un sénateur quelconque ou d’un zélateur de Henri V. Son exemple même prouve comment il conçoit pour la noblesse un rôle qu’il vit plus qu’il ne le décompose. Exemple presque unique d’ailleurs : un vestige.
Aussi Montalembert propose-t-il à notre louange une aristocratie qui incarne vigoureusement son idéal. On l’a deviné, il s’agit de l'aristocratie britannique.
Je suis aristocrate d’inclination, écrit-il à Rio, et même de conviction ; je crois qu’il n’y a pas de bon gouvernement sans patriciat politique (chose bien distincte d’une gentilhommerie d’antichambre comme ce que la royauté légitime avait fait de la noblesse française), par conséquent j’admire par-dessus tout la vieille institution anglaise, comme fondée sur l’indépendance de l’aristocratie, l'expulsion du prétendu droit divin des rois et l’intervention réelle et hiérarchique du pays dans ses affaires ?.
Avec une audace imperturbable Montalembert assure à Lacordaire que les principes d’un ordre politique chrétien,
savoir l'égalité devant la loi, le libre accès à toutes les charges, le paiement de l'impôt par tous, la non-distraction du juge naturel,
1. L’écusson aux armes des Montalembert figure au bas d’un vitrail représentant sainte Élisabeth à qui le donateur offre son Histoire. La partie droite du vitrail représente saint Benoît. Les armes des Mérode sont jumelées à celles des Montalembert. On sait que le droit aux vitraux armoriés dans l’église était un des privilèges honorifiques de la noblesse.
2. Lettre du 27 novembre 1839, citée par Sr. C. Bowe : F. Rio,
viennent de l’aristocratique Angleterre, et que, seule en Europe, l'aristocratie anglaise les a maintenus :. On chercheraïit en vain des précisions étayant l’affirmation précédente, en vain des considérations exactes sur les institutions politiques d’outre-Manche, le rôle nettement circonscrit de l’aristocratie. Ceci pour une double raison. Montalembert ne traite point en technicien ou en logicien du problème de l'État, mais en homme de sentiment ilmanifeste sesgoûts. D'autre part, si un régime défie le juriste scrutateur de textes, c'est bien le régime anglais. La coutume régit l’organisation des grands. pouvoirs publics, leurs attributions et leurs rapports mutuels. Les mœurs politiques des Anglais, leurs usages, importent donc bien plus que leurs lois à qui les prend pour exemple. — On touche ici, soit dit en passant, à l’un des nœuds de l’harmonie qui règne entre les Britanniques et Montalembert : cet éloignement de la rigueur cartésienne ou légiste.
Or ces mœurs, Montalembert les a particulièrement observées et goûtées, peu de mois avant d’écrire à Rio et à Lacordaire les jugements cités plus haut. La mort de sa mère l’ayant appelé à Londres au printemps 1830, il y séjourna plusieurs semaines et fréquenta les milieux parlementaires.
Le 18 juin 1839, après avoir le 15 ? pris la parole à Freemasons-Hall en faveur des Polonais, il raconte à la comtesse de Montalembert ses impressions profondes sur ce meeting *. Citer longuement cette lettre éclairera l'idéal politique de Montalembert. Il décrit une salle immense, où se pressaient deux ou trois mille personnes, une estrade au fond, sur laquelle
sont venus prendre place le Duc de Sussex, oncle de la Reine, le Marquis de Breadalbane, le Comte de Roseberry,"etc., etc., enfin plusieurs autres pairs des plus grandes maisons d'Angleterre, et un plus grand nombre de députés. Tous ces personnages ont parlé l’un après l’autre, pour proposer à l’Assemblée des résolutions en faveur de la Pologne, de ses droits, de son avenir, etc., lesquelles résolutions, mises aux voix, étaient toujours adoptées à l’unani-