Lettre inédite : A. L. R., citée d’après une copie
mité et par mains levées. Rien de plus beau, rien qui donne une meilleure idée de la nation et de la Société Anglaise, qu’une réunion de ce genre. D’abord un prince du sang, second héritier de la couronne, venant ainsi poser, mais sans l’ombre d'affectation ou de vanité puérile, devant un public nombreux, composé des premiers venus, accueilli avec un enthousiasme presque frénétique, prenant la parole et parlant pendant près d’une heure sur les malheurs d’une nation opprimée, ne se croyant pas obligé de prendre toujours parti pour tous les rois ses pareils, s'exprimant avec autant de mesure que d'énergie, parlant avec convenance du plaisir qu’il avait éprouvé à bien accueillir le Grand-Duc de Russie, mais ajoutant qu'il fallait bien qu’on sût en Europe, que la royauté, l'aristocratie et la nation anglaises, en recevant ainsi le fils, n’avaient nullement entendu approuver la conduite du père : «I wish it to be well understood », a-t-il dit, « and I don’t care who hears me, or who is now in this assembly, whether it be à Russian ambassador or a Russian spy ! ! » 1. Tu devines combien un langage pareil est fait pour être compris par une nation comme l’Angleterre. Il a été applaudi à tout rompre et voilà ce qui explique cet admirable mélange d'amour de la liberté et d’humble respect pour le pouvoir dont nous sommes si loin en France.
Après le prince, tous leslords ont parlé, selon leur ranget leurs titres ; de vieux pairs avec le sans-gêne d'hommes qui n’ont pas peur du public, et de jeunes lords qui profitaient de cette occasion -pour faire leur premier discours.
A mesure que chacun d’eux paraissait à la tribune, les secrétaires criaient à tue-tête leurs noms et leurs titres à la foule ; plus ces noms étaient anciens et ces titres élevés dans la hiérarchie de la pairie, plus on les applaudissait. — Quelle différence me disais-je entre cette manière d’éduquer une aristocratie, et la vie d’antichambre et de boudoir qu’on leur fait mener en France et sur le continent en général —. Tous parlaient, non pas certes avec la même éloquence, mais avec la même assurance et la même simplicité, comme des hommes habitués à traiter publiquement de questions élevées et à ne pas rougir de leurs sympathies généreuses. Lord Dudley Stuart surtout a parlé avec toute l'énergie d’un homme de cœur et la simplicité d’un homme bien né. Jamais de phrases déclamatoires, ni de gestes avocassiers. Combien j ’ai regretté que Werner ? ne vît pas de semblables modèles et n'ait pas surtout de semblables occasions de se former, Après les lords, sont venus les Commoners y compris les deux plus grands démagogues du pays, O’Connell et Attwood ; tous deux ont fort bien
. « Je désire que ce soit bien compris, et il m'importe peu d’être peser par qui que ce soit dans cette assemblée, que ce soit un ambassadeur ou un espion russe | ! »