Lundis, 5 novembre 1849, t. I, p. 87 (4° édition
néglige de préciser la nature de la société parfaite, de même il ne pose aucune règle de la science ou de l’art politique. Du moins croit-il fermement à la renaissance d’une aristocratie et à la nécessité d’un régime constitutionnel.
Nous avons lu les regrets de Montalembert, au retour d'Angleterre, qui semblent purement platoniques. Il sent peutêtre que les mœurs politiques anglaises résultent et du tempérament national et d’une évolution millénaire. Il ne croit cependant pas que le règne de l'aristocratie soit en France à jamais révolu. Bien plus : déduisant « de l’expérience du passé ses prévisions pour l'avenir » ?, Montalembert augure que la société future sera basée sur une aristocratie héréditaire parce que c’est la tendance.de la nature. Impossible de violer indéfiniment les lois naturelles. Après avoir détruit les privilèges aristocratiques, les extrémistes, logiques, s’attaquent à la royauté, à la propriété, à la famille. Cela ne saurait durer. Sans vouloir trop procéder du connu à l'inconnu, ce qui serait téméraire en politique, Montalembert compte sur « l’immense capacité pour le bien » qui demeure en France pour dégager du sein même de la démocratie un élément patricien ?. La démocratie ne se maintiendra que par une hiérarchie et « nulle part une hiérarchie n’a pu s’établir sans créer en même temps une aristocratie »3. Le 7 décembre 1830, Montalembert, d’ailleurs, « ne voit aucun symptôme de cette amélioration dans l’esprit actuel » de son pays 4. Plus optimiste le 28 février suivant, il croit que la France est destinée à subir encore longtemps la « maladie » démocratique maïs, dit-il, « il est permis d’entrevoir déjà plusieurs symptômes d’une guérison lointaine ». Et de citer Veuillot, Roux-Lavergne qui ont rejeté l’idole 5, Thiers, Périer, champions de l’hérédité de la pairie, qui « sont tous sortis des classes intermédiaires ou inférieures de la société et n’en ont pas moins été des aristocrates ».
La société moderne engendrera une aristocratie, laquelle n’aura rien de commun, quant aux personnes du moins, avec l’ancienne
. Troisième lettre sur l'aristocratie, infra p. 537. . Première lettre sur l'aristocratie, infra p. 526. . Deuxième lettre sur l'aristocratie, infra p. 531. . Tbidem.
. Troisième lettre sur l'aristocratie, infra p. 530.
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et qui surtout ne reposera pas uniquement sur la naissance. Comme l'aristocratie anglaise, elle devra être accessible à tous ceux que les services, les talents ou la fortune acquise élèvera (sic) au-dessus de la masse et elle ne différera de l’état actuel qu’en ce que les enfants de ces hommes-là, au lieu de retomber comme aujourd’hui dans la masse, resteront à l'élévation où seront montés leurs pères…1
Odilon Barrot ne disait-il pas hier : «je commence à douter qu’on puisse constituer un gouvernement représentatif sans aristocratie » ?, Un autre député avait en 1836 affirmé : « Aucune société ne peut se passer d’aristocratie ». Et il désignait celle des gros industriels comme fondement de la Monarchie de Juillet. Lamartine jugeait possible de pénétrer cette aristocratie d’argent du souci des intérêts publics. D’autre part la bourgeoisie acquérait des biens-fonds. Aux antipodes naissait le socialisme qui oppose les droits de la société aux principes individualistes 5. Bref Montalembert est fondé à entrevoir dans le corps social les germes de la reconstitution d’une aristocratie, à proposer, aux dépens de l’individualisme égalitaire et pour faire pièce au socialisme, un ordre hiérarchisé.
Il ne s’agit pas du rétablissement de l’ancienne aristocratie française.
Entre mille obstacles insurmontables, écrit-il à Lacordaire, j'en vois un qui l’est peut-être plus que tous les autres, c’est la nature même des débris de cette aristocratie, race profondément abâtardie, ayant encore une foi passive et des mœurs plus (chrétiennes) qu'aucune autre classe de Français, mais sans générosité, sans intelligence, sans aucun des instincts de la vie publique, et ayant prouvé par l'épreuve de la restauration qu’elle était incapable de produire autre chose que de bons gardes du corps et d’adroits chambellans 4.
1, Deuxième lettre sur l'aristocratie, infra p. 531.
2. Troisième lettre sur l'aristocratie. De Custine de son côté expose la nécessité d’une aristocratie dans son ouvrage : La Russie en 1839, t. IT, p. 146, dont M. Flottes dit (La pensée politique et sociale d'A. de Vigny, p. 266) qu'il eut « une influence considérable ».
3. Les saint-simoniens cherchaient un mode de gouvernement qui rappellerait celui du Moyen âge, à base théologique différente (Weill : L'École Saint-Simonienne (1896), p. 14).