Infra en appendice, p
ceux qui possèdent, non-distraction du juge naturel, sont chrétiens. La liberté de la presse, de l’enseignement et des cultes ne pourra être jugée, en valeur absolue, que plus tard.
60 Le gouvernement de l’Église et celui des ordres religieux anciens sont les gouvernements les plus parfaits. IL faut tendre à les imiter. (Noter qu'ici l’aristocrate a cédé quelque peu sur le principe de l’hérédité).
Neutralité n'implique nullement inaction, pour Montalembert. D'abord les vertus civiques sont pratiquées par le vrai chrétien aussi bien que les vertus privées. Ensuite les intérêts religieux doivent être défendus sur le terrain politique.
Le devoir de travailler constamment à la prospérité de la patrie, Montalembert ne le perd jamais de vue. La liberté, la dignité des citoyens, l'honneur de la France, il veillera sur eux sans répit et il ne négligera pas l’organisation matérielle du pays. « J’ai lu avec plaisir, lui mande un jour M. de Mérode, vos discours sur le roulage, les diligences, etc. ; je partage entièrement votre opinion sur l'utilité qu’il y a de s'occuper enfin d'intérêts positifs » !, D’instinct, Montalembert résout pour sa part ce qu’il appellera plus tard « le problème suprême », à savoir les rapports du chrétien et de la société. Dès le début de sa carrière, il acquiert le droit de déplorer vingt-cinq ans plus tard avec Tocqueville quele christianisme, perfectionnant l'individu, exerce si peu d'influence sur la patrie terrestre, sur la morale publique ?, par suite d’une interprétation erronée des fidèles et surtout du clergé contemporain.
Dans l’arène nationale Montalembert se battra surtout pour l’Église, considérant que c’est le plus éminent service qu’il puisse rendre à la France, unissant sans partage en son cœur l’amour actif de l’une et de l’autre. Cornudet remarquait dès 1832 que, pour avoir un bon gouvernement, un bon
1. F. de Mérode à Montalembert : 22 mars 1838. A. L. R. — Dossier
2. Tocqueville : Œuvres et correspondance inédites, €. II, pp. 277- 279, 323, 339-341, 347-349, lettres de 1856 au prince À. de Broglie et à Mme Swetchine, annotées par Montalembert vers 1861 sur son exemplaire de l’ouvrage. (Bibliothèque d’'Écotay).
peuple est nécessaire, pour avoir la liberté sans anarchie, un lien social ; que les Français « ne comprenant pas la liberté, ne sachant pas en user, (sont) tourmentés de désirs sans objets, voulant quelque chose et ne sachant quoi ». Il concluait : « Travaillez au rétablissement de la religion dans les âmes : on verra après pour le gouvernement ». Il faut « planter là » l’indigne politique, poursuivait-il, et l’utiliser seulement au service de la Religion en dotant celle-ci des libertés nécessaires à son rayonnement !. Sans suivre exclusivement cette règle de conduite, Montalembert, tantôt sponte sua, tantôt sous la pression de Lacordaire, ne la perdra que rarement de vue. Ii se refusera toujours cependant, loyal autant que libéral, à exploiter, comme des moyens plus ou moins mébprisables, la politique oule libéralisme au profit de l’ Église.
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La position pratique de Montalembert sera donc d’une part une neutralité manifestée non par l’abstention mais par la franchise, d’autre part une double campagne pour détacher les légitimistes — troupe nombreuse de l’armée catholique — de leur politique sclérosée, et pour conquérir à l’Église, au nom du droit commun, sa place dans la société contemporaine.
Il écrit à Lacordaire dans ce sens, au sujet de la démocratie régnant « depuis le Roi jusqu’au National » :
Je lui dirai ses vérités toutes les fois que je le pourrai, parce que je crois qu’il est du devoir de tout chrétien de parler haut et ferme à toute puissance qui abuse de sa force ou menace d’en abuser... Comme chrétien et comme homme d’ailleurs je ne crois pas pee à l'infaillibilité des pere qu'à celle des rois.
Et Die loin :
Ce qui me semble aujourd’hui légitime et possible, c’est de chercher à réconcilier les catholiques avec les faits accomplis, avec les oi révolutions de 1789 et de 1830, comme avec des châtiments
1. Correspondance de Montalembert.et de L. Cornudet, pp. 37 et 53.
justement infligés par Dieu à une royauté enivrée d’orgueil, à une aristocratie corrompue et à un clergé esclave de la puissance temporelle ; en outre, de leur rappeler que les hommes ont des droits que ni les rois, ni les seigneurs, ni même les tribuns, ne peuvent violer impunément ; que, pour réclamer ces droits avec modération et justice, il faut agir catholiquement, et qu’en France à l'heure qu’il est, on n’est pas libre d’agir catholiquement quand on en a envie !,
Oui, persuadé que le premier besoin de son pays « est la liberté de l'Église, et que cet affranchissement ne sera certes pas obtenu de si tôt et réclame le dévouement de tous les catholiques », Montalembert se gardera bien « de consumer (ses) forces et (son) énergie à une œuvre moins pressée, plus incertaine et bien moins sacrée » ?,
La certitude d'agir en catholique, le jeune pair la puisera dans l’approbation de Rome, la collaboration avec la hiérar-: chie et les ordres religieux. Du programme de l'Avenir il ne conservera guère que la revendication, jugée opportune en haut lieu, des libertés d’enseignement et d’association, loin d’agiter encore le spectre de la séparation. Le Saint-Père a éprouvé sa docilité. Dès lors, Montalembert r'attirera point les foudres qui frappèrent Lamennais ?. Les années écoulées depuis la révolution de Juillet ont aussi laissé à l’Église le temps d'évoluer dans le sens indiqué par le Mémoire des rédacteurs de l'AVENIR à Grégoire XVI. Plus d’un prêtre, plus d’un évêque français, après s’être effrayés de ne plus trouver d'appui officiel, réalisaient le danger, la précarité, l’impopularité, de cet appui. Si, au Moyen âge, la chrétienté s'était constituée par l’union des têtes couronnées, les Frariçais du xIx® siècle se montraient satisfaits que la pression gouvernementale en faveur de la religion eût cessé, les uns heureux que le pouvoir civil s’affranchît de l’alliance de l'Église 4, lesautres jaloux d’obéir seulement à leur conscience.