‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 251 sur 394 · Tbidem, pe · texte numérisé non relu

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conscience dont on doit accepter loyalement, logiquement, les conséquences, loin de transformer « les ressentiments d’un moment en lois ineffaçables ». Montalembert avait ajouté d’ailleurs : « ce principe n’est pas le mien... j'en professe de plus anciens, de plus élevés, de plus saints ». Il avait ensuite souligné l’absurdité d’une loi en vertu de laquelle s’ « il est permis de nier Dieu, il est défendu de nier le Roi ». Il avait prédit la destruction d’un pouvoir qui, tel la République, l’Empire, la Restauration, soulèverait l’opinion, et opposé à cette destinée « le progrès vers des idées plus pures et plus sages » qui, selon la commission, caractérise actuellement les esprits indépendants : « Quelle belle mission de préparer les voies à cette ère nouvelle, à cette paisible et bienfaisante réaction vers la vérité, au lieu de la troubler et de l’arrêter par d’inopportunes violences » ! La conciliation, la générosité, « la charité politique», sont seules fécondes. Montalembert n'avait pas manqué d’évoquer l’Angleterre, « l’alliance des cœurs et des volontés de deux peuples entiers, les plus puissants et les plus illustres de l’univers, oubliant au sein d’une auguste amitié dix siècles de guerre et trouvant dans la liberté une immortelle médiatrice ».

Les pairs n’adoptèrent pas les conclusions de leur très jeune collègue, mais lui témoignèrent une indulgence sympathique, très supérieure à celle qu'il attendait. Hors de la Chambre, son discours ne fut pas moins bien accueilli t.

Vers le même temps, Montalembert rencontre Guizot qui lui parle de son projet de loi sur l'instruction secondaire. Le ministre présentera le texte à la prochaine session, mais prévoit que les députés le rejetteront. Montalembert, à toutes fins utiles, avertit le frère de Lamennais des conditions requises des établissements libres par le projet Guizot ?.

Montalembert mûrit dans cette serre parlementaire. Une distinction très politique oriente son discours du 9 janvier 1836 en faveur de la Pologne, quoique l’expression en soit un peu naïve.

1. Lettres. à La Mennais, édition Goyau et P. de Lallemand, pp. 285, 286 ; Montalembert à Lamennais : 25 septembre 1835. 2. TIbidem.

Loin de moi la pensée d'apporter le moindre embarras au gouvernement du Roi, ou de faire intervenir une violence irréfléchie dans la direction de sa politique ! Mais à chacun son rôle. À la puissance exécutive la prudence et la réserve diplomatique, si elle veut : mais à la législature le franc et sincère aveu des émotions nationales, l'expression ferme et décidée de l'opinion publique *.

Et de rappeler l'exemple du Parlement britannique (encore !). Ces précautions prises, Montalembert plaide pour l'introduction dans l'adresse d’une motion, exprimant le vœu que la Russie respecte les clauses polonaises des traités de Vienne. Habilement il rappelle que la défense des opprimés est souvent le fait d’une politique avisée : il cite Navarin. II rend hommage à la. clairvoyance de Napoléon se dirigeant contre la Russie, si menaçante du Sund aux Dardanelles. Il: suggère que l'alliance anglaise, aujourd’hui acquise, a seule manqué à « l’impérial génie » pour vaincre le Moscovite ?.

Second discours, second échec, prévu. Montalembert ne taira jamais son opinion. Témérité ? Non, générosité juvénile. Maladresse ? Oui, selon les myopes; non, si, voyant loin, Montalembert sauve les principes de la prescription et captive l'estime des pairs.

Le ministère étant tombé sur la question de la conversion des-rentes, Thiers prit le pouvoir le 22 février. Montalembert dédaigne autant le nouveau cabinet que les doctrinaires « qui enragent de s’être laissés si bêtement supplanter » *. Pendant l’interrègne ministériel, Fieschi était passé en Haute Cour. Montalembert avait suivi les débats et encore entraîné sur la pente de l’Avenir, admiré « la résignation, la piété » de l’assassin. N'ayant pas trente ans Montalembert avait été exclu de la délibération secrète des pairs et en avait été très mortifié 4. | |

Ses insuccès ne sont sans doute pas étrangers au découragement qu’exprime alors Montalembert au baron d’Anckarsvärd. Il trouve lamentable la conduite des affaires extérieures

1. Même note deux ans plus tard à l’occasion encore de l'adresse.

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3. Lettres. à La Mennais, édition Goyau et P. de Lallemand, p. 298 ; Montalembert à Lamennais : 10 avril 1836.

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