‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 252 sur 394 · Journal : 10-15 février · texte numérisé non relu

Journal : 10-15 février

de la France. La politique intérieure, écrit-il, manquait déjà de toute intelligence et générosité, les doctrinaires euxmêmes reniant leurs principes libéraux ; vis-à-vis de l’étranger, c’est bien pis. Thiers n’édifie aucun système européen, il suit l'impulsion, l'intérêt du moment, et s’allierait aussi bien avec la Russie. Les républicains et les légitimistes poussent à l'alliance russe. Certains doctrinaires hésitent. Montalembert, lui, prône toujours l'alliance anglaise « bannière de sa politique » 1,

Plus heureux le 7 mai 1836 que lors des débats précédents, Montalembert soutient les conclusions de la commission en faveur de l'émancipation des esclaves dans les colonies françaises?. L'exemple anglais appuie une fois de plus l’argumentation. Nous insistons à dessein sur ce Zeit motiv. D’autres raisons solides, sages, étayent l’intervention : pas de sentimentalisme facile.

Au mois de juin 1836, nouvel attentat contre Louis-Philippe. Montalembert apprécie cette fois le courage du roi et les paroles chrétiennes de la reine. Malgré ses. fiançailles, il suit, avec curiosité, le procès d’Alibaud le régicide. Voici pour. l’éclairer sur les menées révolutionnaires.

L'année suivante, Montalembert, revenant d'Italie après son mariage, rentre dans l’arène politique: Une riposte légitimiste l’y accueille. La Presse du 12 avril 1837 avait publié une lettre, datée de Gênes, adressée au journal par «une jeune et haute illustration politique et littéraire » qu’on regrettait de ne pouvoir nommer... Montalembert s’y montrait en coquetterie avec l'organe moderne et mercantile de Girardin, le félicitait d’un article sur les CORIFEnRSS de Notre-Dame à, et se en ces termes : é

. quels services vous s pouvez rendre au pays et à la vraie

1. Montalembert à Anckarsvärd' : 5 mai 1836 ; revue citée, p.63. 210 CELL DAG5;: | Fe 7 3. Dans la Presse du.19 mars 1836.

liberté, en employant quelquefois vos colonnes à apprécier et à défendre les intérêts de la religion, et à empêcher qu'ils ne soient exclusivement exploités par la Gazette de France et par la Quotidienne, au profit des rancunes et des préjugés du légitimisme.

Cette alliance du catholicisme avec les doctrines du parti de l’ancienne dynastie est un des grands maux de notre époque ; mais il faut avouer qu’il y a beaucoup de la faute des amis de la liberté, qui ont fait trop longtemps tout ce qu'il fallait pour éloigner les personnes qui tiennent avant tout à la religion. Si des journaux sincèrement et sagement libéraux comme le vôtre, voulaient s'occuper un peu de dégager la cause nationale du voltairianisme et les intérêts religieux du vieux royalisme, ils ne tarderaient pas à rallier beaucoup de bons catholiques au trône de Juillet, ce qui le consoliderait certes plus que le nouveau royalisme du Journal de Paris et de la Paix.

Je reviens en ce moment de Rome, où j'ai trouvé le pape dans les meilleures dispositions possibles pour la dynastie et la France de 1830... Les sages et bonnes dispositions du chef de l’Église ne manqueront pas de se faire jour peu à peu dans notre clergé ; mais elles ont besoin d’être secondées par les organes de l’opinion vraiment libérale.

Les légitimistes catholiques blessés au vif de ce coup porté indirectement, par un autre catholique, dans un journal non catholique, répliquèrent vertement. La Quotidienne : s’associe ironiquement aux regrets de la Presse touchant l’anonymat de la lettre et qualifie son auteur de naïf inexpérimenté, d’ « émigré du libéralisme qui depuis longtemps ne sait plus où en sont les partis en France ». Elle lui interdit de mêler le Pape à ses jugements légers et conclut par cette pointe cruelle : «le correspondant pourrait savoir que l’erreur des opinions politiques se détermine surtout par leur opposition au christianisme. C’est à ce signe seul que nous espérons toujours marquer la différence de nos idées avec celles des révolutionnaires, quels qu’ils soient ».

Montalembert ne ménage en aucune rencontre les légitimistes, ces benêts « qui ne peuvent encore se résigner à croire à la grossesse de Notre-Dame de Blaye »?. Mais, cette fois, il enregistre ce duel avec amertume. Il maudit l’initiative de la

LG Quotidienne : 13 avril 1837, p. ï, colonnes 2 et 3. À 2. Lettre inédite de Montalembert à Guerrier de Dumast : 23 mai 1838. Archives de la famille de Dumast, à Nancy.

Presse qui a publié sa lettre. Il souffre qu’on raille à ses dépens et semble surpris qu’un adversaire malmené réagisse durement. L’indifférence lui pèserait bien plus d’ailleurs et, plein d’entrain, il s'intéresse de nouveau aux vicissitudes ministérielles.

Thiers, tombé en septembre 1836, avait été remplacé par Molé-Guizot, puis celui-ci était parti et, le 15 avril 1837, Molé présentait un second ministère. Montalembert l’approuve d’avoir, à l’occasion du mariage du duc d'Orléans, suggéré au roi une amnistie des condamnés politiques. Cette « grande et glorieuse mesure » déplaît à nombre de pairs 1. L'avenir prouvera que les bénéficiaires de la loi y verront un signe de faiblesse. Montalembert, quant à lui, la juge, avec le gouvernement, opportune pour apaiser.

Il s'apprête cependant à attaquer Molé sur la « confiscation » de l’archevêché. Duchâtel, le ministre des Finances, présentait en effet un projet de loi l’autorisant à céder, au nom de l’État, à la ville de Paris les terrains occupés autrefois par l’ancien palais archiépiscopal ; 1l avait été détruit lors de l’émeute de février 1831 née, on s’en souvient, à l’occasion d’un service pour le duc de Berry en l’église Saint- Germain-l’Auxerrois. Montalembert s’oblige « à une étude très ardue des textes de lois, décrets, etc. relatifs à l4 matière » 2. Coup de foudre le 13 mai : « Réouverture de Saint- Germain-l’Auxerrois, fait immense pour la religion et le pays. » Cet acte réparateur enlève habilement tout à propos à l’assaut prévu au sujet de l’archevêché et Montalembert ne cache pas son désappointement. Tascher et lui envisagent d'abandonner le combat, puis se ravisent et décident de « résister coûte que coûte » à l'abus 3. Le 16 il félicite Molé et Barthe de l’ouverture de Saint-Germain, mais le 19 …l monte à la tribune pour les combattre.

Cette intervention marque dans la carrière politique de Montalembert. Il se montre magnifiquement lui-même en professant son amitié pour le gouvernement, son respect

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