Journal : 15 mai
filial pour le Saint-Père, sa résolution de défendre une cause juste avec la compétence d’un avocat, la conscience d’un législateur, l'émotion d’un homme d’honneur et d’un orateur romantique :
J'ai assez montré ce me semble qu’il n’y avait pas dans cette enceinte un partisan plus sincère de notre révolution de Juillet, un ami plus loyal de la dynastie qui représente cette révolution et
dont l’auguste chef a montré au monde plus qu'aucun roi de nos jours, l’union vraiment royale du courage et de la clémence *.
Ceci dit pour apaiser toute défiance, et après avoir confessé loyalement que le cas particulier de l’archevêché est douteux, Montalembert atteint directement le fond du débat : la propriété ecclésiastique. Il réfute d’abord l’ « étonnante inexactitude » de la commission chargée d'examiner le projet de loi. Le rapporteur, baron Fréteau de Pény, niant que la loi du 2 novembre 1789 (en vertu de laquelle l’Église ne peut plus être propriétaire) soit abrogée par le Concordat, traité conclu avec un souverain étranger, Montalembert relève le propos : «qu’on le sache. une fois pour toutes,le pape n’est pas, dans la question dont il s’agit, un souverain étranger mais un souverain spirituel ; et à ce titre, il n’est étranger nulle part où il y a des catholiques » ?. Montalembert ne se dérobe nullement à la discussion juridique. Tombant d’accord sur ce principe qu’une loi ne saurait être abrogée par un traité, il montre par quels textes les lois révolutionnaires l’ont été, quels titres nouveaux de propriété possèdent l’Église et les fabriques. Il énumère huit lois ou décrets dont il cite différents articles, oppose un récent arrêt de la Cour de cassation à un arrêt antérieur du Conseil d’État, et l’on pourrait croire qu'il lit une consultation de quelque juriste si l’on ne savait avec quel acharnement laborieux Montalembert approfondit lui-même une question. Il mesure l’argumentation à la qualité de ses adversaires, le comte Portalis, premier président à la Cour de cassation, Barthe et autres. En conclusion, Montalembert entraîne les pairs sur un plan supérieur, celui de la politique générale, des rapports de la religion et de la société
1. O.C., t. I, pp. 70 et 71. Cité supra p. 238. 2. Tbidem, p. 73.
humaine. Il dénonce cet équilibre maintenu par le gouvernement qui ne donne pas satisfaction aux catholiques,en rouvrant Saint-Germain-l’Auxerrois, sans accorder à leursadversaires la confiscation de l’archevêché. Il réclame pour l’Église, dont «assurément... (l’) influence n’est pas encore excessive » 1, qu’on reconnaisse, non par « des actes isolés » mais par « un système courageux et sérieux», sa valeur et son indépendance essentielles. Cela est nécessaire pour sauver la société dont |” « impuissance » au jour de l’émeute le révoltait, la société que menacent ces anarchiques « échappés des galères qui, en février 1831, ont outragé les loiset souillé la capitale», ou ces criminels hier encore jugés par la Haute assemblée. Entre eux et les catholiques on ne saurait tenir la balance égale. Et Montalembert de terminer par une antithèse bien romantique :« vous avez à choisir entre l’Égliseet le bagne». Il s’excuse d’ailleurs, — sans les regretter ! — de son langage, voire de son intervention, en ces termes nobles par lesquels il s'exprime tout entier :
J'aime mille fois mieux qu’il me faille vous demander pardon ici publiquement de vous avoir fatigués ou blessés par mes paroles,
que demander pardon dans le secret de ma conscience à la vérité et à la justice de les avoir trahies par mon silence ?.
Ce quatrième discours est un troisième échec au scrutin (soixante-treize voix contre vingt-huit). Succès personnel par contre : Pasquier, les maréchaux Soult, Maison, les ducs de Bassano et de Brissac complimentent l’orateur à l’envi $.
A la fin de l’année, Montalembert, nommé secrétaire de son bureau, se débat tant qu’il peut « pour la nomination des. commissaires de l’adresse sur la question d’Afrique et d’Espagne », avec l’appui de Cousin 4 Au cours des débats consécutifs, il improvise trois répliques brillantes, après avoir puisé aux pieds de la Vierge de Saint-Sulpice « la faculté de parler bien pour la cause du bien » 5. Contredisant son ami de Brézé,
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