‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 255 sur 394 · Tbidem, p · texte numérisé non relu

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« J'ai peur de trop parler, confie Montalembert à son Jowrnal, le 7 février 1838— et c’est bien ce que lui reproche Skrzynecki — mais je sens la nécessité de fortifier ma naissante faculté d'improvisation. » L’orateur primerait-il le politique ? Ce jour-là, Montalembert a soutenu contre le ministre de l'Intérieur un amendement de la commission chargée des établissements d’aliénés. Deux raisons militent en faveur de la limitation de l’autorité ministérielle, en faveur de la décentralisation. La vertu propre de celle-ci, d’abord, par laquelle un préfet est plus qualifié que son ministre pour négocier sans délai avec les établissements locaux,au mieux des intérêts de ses administrés. Le préfet étant agent du ministre, «on ne peut nous dire, comme aux adversaires habituels de la centralisation, que nous voulons affaiblir le pouvoir ». En second lieu, Montalembert considère l’uniformité, le code administratif monotype, comme mortels pour les établissements privés. « Vous ne pouvez ni réglementer ni administrer la charité, pas plus que vous ne pouviez l’inventer : vous ne pouvez que la tuer, la bouleverser comme on l’a fait dernièrement pour les hospices et les enfants trouvés » 1,

Ainsi Montalembert, loin d’arrondir, accentue plutôt les angles de sa position, sauf à avouer dans l'Univers son isolement à la Chambre. Pourquoi ? « Je suis assez jeune encore pour dire et même pour croire que la franchise est la meilleure des politiques », a-t-il annoncé. Du moins son tempérament la lui impose-t-il, au risque d’une défaite.

Celle-ci ne décourage nullement le jouteur qui, peu après, s’indigne contre «l'esprit d’avarice législative» des députés. Ils ont réduit de dix mille à six mille francs la pension proposée par le gouvernement pour la veuve du général de Damrémont, tué en vainqueur à Constantine. Cette mesquinerie écœure Montalembert, pour qui l’armée « la plus mal payée du monde » est le « boulevard de notre indépendance et de

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nos libertés » 1... On conçoit que l'intervention ait « fait un certain plaisir aux militaires » composant « une si grande partie de l’auditoire » ?.

Montalembert, remontant à la tribuneles 7 et 13 mars, discute la loi sur la police du roulage. Il soutient, avec la commission, les intérêts des paysans de l’Est. Il obtient, par une opportune condamnation de la centralisation, une diminution de la largeur de jante que voulaient imposer les Ponts et chaussées : «l'administration est bien forte, mais il y a quelque chose de plus fort encore, c’est la nature ; cette nature qui ne se laisse pas traiter aussi uniformément que le voudrait l’administration, a dicté aux différentes populations différentes manières de transport ». Le second jour, Montalembert propose un ar- . ticle additionnel de protection des voyageurs contre les aug- mentations fantaisistes des tarifs des « Messageries ». Et voici

le procès du libéralisme économique, à propos du monopole du roulage. « Laisser faire, laisser passer... je suis assez vieux pour me souvenir fort bien du règne de cette théorie et même pour l’avoir adoptée. » Si aujourd’hui il propose une restriction à la liberté de l’industrie, c’est pour la sauvegarde de la « véritable liberté ». Il ne verrait, quant à lui, pas d’inconvénient à ce que l’État prenne le monopole des diligences. (Imprévu). Maïs il n’en est pas question. Montalembert demande au gouvernement de protéger le public contre le monopole de fait obtenu par la coalition de deux puissantes entreprises. Par la pratique du dumping avant la lettre, elles tuent ou absorbent les autres compagnies et les voyageurs se trouvent à leur merci. L'article additionnel ne fut pas adopté, comme étranger à l’objet de la loi... Montalembert avait en vain tenté la parade suivante : l’arrivée au terme d’un projet de loi « à travers les discussions des deux Chambres » est si compliquée qu’on ne retrouvera pas |’ « occasion de doter le pays d’une amélioration ». L’assouplissement de tous les rouages administratifs et législatifs préoccupera toujours Montalembert qui dédaigne les routines et la Hi Pureaucratiques *: 3

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