B. N. fonds Thiers N. à. f
3. Journal : 27 mai 1840. Cf. l'Univers du 13 mai 1840, analysé cidessous ch. X, pp. 449-450.
de souscription et, fort mécontent de lui-même, nota: « Tracas et courses nombreuses pour cette maudite souscription... Heureusement qu’une lettre de Barrot vient nous tirer de l’abîme de ridicule où nous nous enfoncions » !.
En dépit de la mésaventure, Thiers obtint de Montalembert, le 12 juin, sa collaboration dans l’épineuse affaire d’Orient, qui mettait en jeu tout l’équilibre européen?. Le pacha d'Égypte Méhémet-Ali, soldat heureux, dressé contre son suzerain le sultan et installé en Syrie stablement depuis 1833, avait en juin 1839 infligé un double désastre au sultan dont l’agressive armée avait été écrasée à Nézib et dont la flotte était passée à l’ennemi. L'Univers identifiait alors les intérêts de la Turquie.et ceux du catholicisme?, persécuté par le pacha en Syrie. Il réclamait pour la France le maintien du protectorat des populations chrétiennes d'Orient par la défense de la Turquie contre la Russie, et la limitation à l’Égypte de l’indépendance de Méhémet-Ali 4. Un arrangement direct entre vainqueur et vaincu avait été empêché par la note collective du 27 juillet 1839, qui remettait aux cinq puissances — Angleterre, Autriche, France, Prusse, Russie — la solution de la question d'Orient. Signée pour lier la Russie, dont on redoutait la tutelle sur la Porte, cette note enchaïnait la France qui, prise d’engouement pour Méhémet et le patronnant, à la face de l’Europe, se trouvait maintenant obligée de le défendre contre les puissances malveillantes.
La sympathie irraisonnée des électeurs et parlementaires français pour l’Égyptien se doublait d’une affaire d'honneur national, que les passions exaspéraient. Ayant paralysé la négociation directe de Méhémet vainqueur, ayant affiché que le pacha était son client, la France devait se montrer exigeante en faveur de celui-ci dans les pourparlers internatio-
1. Journal : 30 et 31 mai 1840. Les sommes souscrites se révélèrent dérisoires cependant que l'incident tournait à l’aigre. Thiers obtint d'Odilon Barrot une lettre pour conseiller l'abandon de la souscription.
2. Sur cette affaire d'Orient, cf. en particulier l’article de M. Pouthas : La politique de Thiers pendant la crise orientale de 1840, paru dans la Revue Historique, janvier-mars 1938. L'auteur est sévère pour Thiers.