Univers : 17 juillet
naux. Or les puissances, singulièrement la Russie habile à opposer la France à l'Angleterre, et celle-ci dirigée par lord Palmerston qui détestait la France, entendaient au contraire réduire au minimum les avantages de Méhémet, et contraindre la France à céder. Raison de plus pour résister.
Engagée dans cette impasse sous le ministère précédent, comment notre diplomatie en sortirait-elle avec Thiers ? Prenant le pouvoir le 1®T mars 1840, celui-ci avait d'autant moins de motif d’encourir une impopularité certaine : en rompant avec la politique égyptophile de son prédécesseur, qu'il avait incarné contre celui-ci, à propos de l'affaire belge notamment, la fierté ombrageuse du nationalisme. Non par nationalisme mais par un sentiment aigu de l’honneur, de la grandeur, de la vertu guerrière, Montalembert partageait ce point de vue de Thiers et, comme lui partisan de l’alliance anglaise, plaçait au-dessus d’elle Le souci de la dignité française.
Tandis que les puissances négociaient à Londres, Thiers ordonnait à Guizot,notre ambassadeur, de se tenir à l’écart, de dédaigner les propositions qu’on lui offrait, de ne traiter qu'avec les Anglais et se flattait que les Quatre ne se passeraient pas du concours de la France contre Méhémet. Thiers s’aliénait au contraire les puissances, en poussant secrètement à un accord direct entre le sultan et le pacha au risque de sembler violer la convention du 27 juillet 1839 (que Thiers désapprouvait). Sans répudier celle-ci, il envoyait Eugène Périer à Alexandrie avec mission de modérer le pacha ?, comme il enverra un peu plus tard Walewski. Louis-Philippe espérait aussi et croyait possible l’arrangement direct, comme en témoigne une lettre à son ministre (le 5 juin 1840) à.
Le 12 juin, Thiers, instruit du projet formé par Montalembert depuis dix-huit mois de visiter le proche-Orient et les Lieux-Saints, appela le jeune pair et lui proposa à l’occasion de ce voyage une mission très officieuse auprès de M. de Metternich, d’'Ibrahim pacha et de son père Méhémet-Ali. Thiers
1. Souvenirs de Sainte-Aulaire, p. 288. (Thureau-Dangin les a utilisés inédits).