‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 298 sur 394 · Chronique catholique : 15 avril 1840, infra pp. 570 sq · texte numérisé non relu

Chronique catholique : 15 avril 1840, infra pp. 570 sq

3. Lettre du 7 mai 1841 de Montalembert à Cornudet qui avait été chef de cabinet de Martin. — Correspondance de Montalembert ei de L. Cornudet, p. 233.

4. Cf. Lavisse, pp. 107-111. — Weiïll: … catholicisme libéral, ch. III, « le réveil catholique ». — Thureau-Dangin : M. Ft char iles progrès de la paix religieuse ». — Debidour : Histoire des Yapporis de l'Église et del'État en France de 1789 à 1870, pp. 436 sq. — Viatte : Les interprétations du catholicisme chez les Romantiques, ch. x, « la réaction de 1840 ».

Montalembert mesurait ce reflux de l’irréligion dans la bourgeoisie et dans certains milieux parisiens, il ne perdait pas de vue d’ailleurs la permanence dans plusieurs régions de la foi antique. Passant en Franche-Comté quelques mois chaque année depuis son mariage, il y goûtait la vie catholique des villes et villages. Dans le Nord, à Trélon, où M. de Mérode recevait son gendre, la population se montrait chrétienne. Visitant la Bretagne Montalembert fut ému aux larmes de la ferveur du peuple et il le contait ainsi à Mme Rio :

Although I have seen most of the best things to be seen in the Catholic world, I can say that I have never seen anything more touching, and more gratifying to a Catholic heart than the affluence of the noble Breton peasantry :.....

Quand Montalembert parlera de l’état religieux de la France il n’oubliera pas ces émotions-là. Mais, comme les paysans bretons ou les montagnards du Jura attirent moins l’attention, n’exercent pas une influence notable sur l'orientation générale, Montalembert note surtout les réactions du pays légal, des journaux, des sphères officielles.

Les historiens s'accordent avec lui pour rapporter que, depuis 1832, le voltairianisme reculait dans « l’opinion », en même temps que le légitimisme chez les catholiques ; le gouvernement se détachait de la politique anticléricale, se rapprochait de l’Église en réaction contre le « péril » dont les républicains menaçaient la société. En janvier 1836, Guizot, ministre de l’Instruction publique, ayant proposé une loi fondée sur le principe de la liberté d'enseignement, le clergé « exprima une juste reconnaissance » et l’abbé Dupanloup datait de cette époque le rapprochement de l’Église de France et de la Monarchie de Juillet ?. Saint-Marc Girardin rapportant ce projet à la Chambre ne dissimulait pas la nécessité de la religion pour la société. La réouverture de Saint-

1. « Quoique j'aie vu la plupart des meilleures choses dignes d’être vues dans le monde catholique, je puis dire que je n’ai jamais rien vu de plus touchant et de plus réconfortant pour un cœur catholique que la foule des nobles paysans bretons. » — Lettre du 25 juillet 1841, citée par Sr. C. Bowe : F. Rio, p. 175.

2. M. J., t. II, p. 410, et Brugerette : Le prêtre français et la société contemporaine, t. I, p. 117.

Germain-l’Auxerrois, la remise du crucifix à sa place sur le mur des tribunaux, l'indifférence du public aux clameurs du Siècle ou du Constitutionnel contre ces mesures !, autant de symptômes qui justifient l’impression de Montalembert.

À ce rapprochement Rome n'était pas insensible, et le jeune orateur connaissait de première source l’amitié que le Saint-Siège marquait à Louis-Philippe. Un peu plus tard, en septembre 1841, Lacordaire burinera même cette boutade : « Rome adore Louis-Philippe aujourd’hui » ?. Bien des politiciens peu cléricaux agréaient au moins cette attitude comme un atout dans les mains du gouvernement français. Au titre de représentant autorisé # de cette politique romaine, Montalembert trouverait mieux l'oreille de ses pairs et ministres.

Montalembert bénéficia donc d’un état d'esprit, et, dans une sphère où « l’opinion » était vénérée, il n'aurait pu mener son combat sans une tolérance de cette déesse. L’élite politique et intellectuelle vivait cependant, héritière du siècle voltairien. Si l’on a pu douter que dans la Chambre introuvable siégeassent trois députés qui fissent leurs Pâques, combien siégeaient de vrais catholiques au parlement quand il y prit séance ? Ses collègues le considéraient pour la plupart comme un rêveur, le catholicisme relevant à leurs yeux du domaine de la poésie. L’Aufhklärung persistait, écrit M. Le Bras, les lumières brillaient hors de l'Église 4, Montalembert, lui, détestait le xvrrre siècle, « le dernier des siècles », pendant lequel « rien, rien au monde n’échappe à la dégradation générale » 5. Il sympathisait peu avec ces gens cultivés du xIx® siècle, ces officiels imprégnés de la mentalité du précédent. Il les heurtait en professant sa foi. Aussi un historien familier de ces milieux admire-t-il justement « le courage » et « même

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