‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 317 sur 394 · Chronique catholique : 4 octobre 1838, infra p · texte numérisé non relu

Chronique catholique : 4 octobre 1838, infra p

Montalembert ce mot de l’ennemi-né de l’Avenir, touchant Gerbet lui-même et Lacordaire : « Ces hommes sont des hommes empoisonnés ; je les poursuivrai à outrance et de toutes mes forces » 1. Dupanloup trouvera Montalembert sur sa route, en adversaire résolu, et ils eussent été bien surpris si le voile de l’avenir avait été soulevé...

Mgr de Quélen ayant remis à Dieu son âme légitimiste, Montalembert ne le pleura pas. Le 31 décembre 1830, célébrant sa mort et celle de Mgr Gallard, archevêque de Reims, il trace cette épitaphe : « Leur mort me semble un signal de délivrance pour l’Église de France » ?. Montalembert s’empresse de leur chercher un successeur.

Mgr Affre, coadjuteur nommé de Strasbourg, « le seul, écrit-il, qui dans le conseil de M. de Quélen lui tint souvent tête », fut élu par le chapitre de Paris vicaire capitulaire aussitôt que l’archevêque eut rendu le dernier soupir, et les hommes de confiance de celui-ci furent « impitoyablement écartés » #. La désignation du titulaire traînant en longueur, les intrigues se développèrent et le nouveau garde des sceaux, Vivien, résuma la situation en deux propositions : « chaque parti est assez fort pour faire écarter le candidat du parti opposé, mais pas assez pour faire triompher le sien ».

Répandu dans les milieuxecclésiastiques, notrechroniqueur évalue jour par jour les chances des candidats. Mgr de Bonald, le cardinal de La Tour d'Auvergne, Mgr Gousset, Mgr Blanquart et Mgr Bouvier sont successivement écartés ou ont refusé. Mgr Mathieu, archevêque de Besançon, est très poussé, que Montalembert juge « détestable » et fauteur de la ruine de son diocèse. NN. SS. de la Croix d’Azolette et Giraud figurent sur les listes proposées. Mgr Affre enfin, chaudement soutenu par Dom Guéranger, est préféré par Monta-

. Chronique catholique : 15 décembre 1838, infra p. 558.

. Ibidem : 31 décembre 1839, infra p. 567.

. Ibidem.

. Mgr Affre avait donné des gages au gouvernement. Pressenti pour un siège épiscopal, alors qu'il était vicaire général d'Amiens, il avait écrit au ministre des Cultes pour préciser sa position, une lettre

où il se disait « disposé à prêter au gouvernement ses faibles services ». A. N. — F1 2555.

lembert « faute de mieux » 1. « Mieux », sans nul doute, signifie Mgr Gousset qu’il recommande instamment au garde des sceaux, Vivien, sans se faire illusion. À défaut de cet ami, Montalembert est donc disposé à appuyer de toutes ses forces Mgr Affre « qui a été si généreux envers Lacordaire quoique gallican » ? et chez qui Dom Guéranger le conduit. Le jeune pair reçoit à sa table le prélat avec « MM. Bautain et de Bonnechose, l'excellent Ozanam, le bon père Baïlly, Rio 3... » Bien qu'on ait annoncé officieusement à Mgr Affre sa nomination, Montalembert n'y croit pas. Mgr Mathieu est battu, mais surgit la candidature de Mgr Donnet, archevêque de Bordeaux, appuyé par l’abbé Bautain qui manœuvre Cousin, ministre de l’Instruction publique et des Cultes. Mis au courant par Bautain lui-même, Montalembert travaille pour Mgr Affre. Celui-ci projette de se présenter aux Tuileries pour la Saint- Philippe 1840, ce à quoi Mgr de Quélen n'avait jamais consenti. Montalembert l’y encourage et reçoit communication du discours prévu 4. Altérée par les collègues 5 de Mgr Affre, l’adresse de vœux est cependant, le premier mai, agréée du roi qui y répond délicatement. Les adversaires de Mgr Affre en prennent occasion pour une offensive devant laquelle le gouvernement faiblit, d'autant plus qu’il n’attache pas, selon la Chronique, une importance suffisante à l’enjeu de la lutte. L’internonce assure Thiers que la nomination de Mgr Affre « alarmerait l’Église ». Mgr Donnet triomphe ?

Fort de ses relations avec Thiers, président du Conseil, Montalembert intervient alors de façon décisive, démolit la thèse de l’internonce et enlève, le 21 mai, la promesse que

1. Chronique catholique : mars 1840. — (Lecanuet, t. II, pp. 66-69 a utilisé largement ce document). On le lira en appendice avec tous ses détails, infra p. 568.

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